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 Le communiqué du kangourou [PV]

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MessageSujet: Le communiqué du kangourou [PV]   Mer 5 Oct - 14:54

    Pinocchio d'Exupéry, assis à la table d'un café, revoyait couler dans sa tasse sa matinée. Il avait eu droit à deux semaines de vacances et il venait d'achever la première. Il n'avait pas fait grand chose, rien de particulier du moins. Il s'était beaucoup baladé, avait pris énormément de photos et sourit bêtement dans les rues avec ses grosses lunettes rétro. Il s'était installé dans un modeste mais sympathique hôtel, avec vue sur les Jardins et petit déjeuner offert. Il avait déjeuné dans toute sorte de restaurants, parlé avec quelques lancovients qui l'avaient regardé, mi-curieux, mi-gêné mais qui repartaient avec le sourire. Après qu'on ait vu Pinocchio, on sourit toujours. Il y avait cette innocence puérile dans ses fossettes et dans ses prunelles verts sombres particulièrement charmante.

    Tous les matins depuis une semaine, dans le tapis bus 306, il s'asseyait toujours en face d'une brune. Ce n'était pas fait exprès, il l'avait fait le premier jour et le second, comme si c'était naturel, il avait de même. Elle était plutôt jolie et il ne semblait pas la déranger. Il avait profité d'un moment d'assoupissement de sa part pour mieux la détailler, une peau porcelaine légèrement rosée aux joues, de longs cils, de lourdes boucles ébène tombant sur de frêles épaules, des lèvres rouges et attirantes... elle avait tout pour être magnifique, pourtant Pinocchio la trouvait juste jolie.
    Il avait essayé de deviner la vie de la jeune femme : était-elle mariée ? Elle semblait encore bien jeune... Des enfants ? C'était tout à fait possible, les femmes devenaient mère de plus en plus jeunes. Il tenta de l'imaginer avec des marmots, elle avait quand même une tête de maman gâteaux... quel travail pouvait-elle bien faire ? Couturière ? Ca lui allait assez bien... Il chercha du regard ses doigts : ils étaient longs et fins. Peut-être avait-elle des frères et sœurs ? Peut-être même une sœur jumelle ?
    On rencontre toujours régulièrement une ou un inconnu et on lui invente toujours nombre de péripéties. Alors que peut-être sa vie était tout autre ?
    Peut-être même pouvait-elle être sombre ? Mais cette idée n'effleura pas l'esprit de Pinocchio. Sombre était un mot qu'il ne connaissait pas.

    Ils voyageaient tous les deux dans le bus 306 durant une vingtaine de minutes puis elle descendait la première et allait toujours dans un café précis, Pinocchio avait juste le temps de la voir s'asseoir, toujours à la même place, avant que le tapis-bus ne reparte.
    Hier soir, à 22h32 précisément, Pinocchio avait pensé à elle. Il se souvient parfaitement bien de l'heure car c'était la seule fois de la soirée où il avait regardé sa montre. Ce n'était pas comme quand on pense à sa mère ou à sa petite amie. C'était une vague pensée, ni importante, ni trop futile. Au moment où elle est venu l'assaillir, il était devant une feuille blanche, une plume à la main, et se demandait comment introduire la lettre qu'il écrirait à sa mère.
    22h33 : Pinocchio se demandait comment introduire la lettre qu'il écrirait à l'inconnue du bus...

    «
    5 oct.

        Mademoiselle,

      Je ne sais pas trop comment introduire cette lettre, je vous l'avoue... alors je me suis dit que cet aveu pouvait faire une bonne introduction.
      Je vous vois tous les matins et ce depuis une semaine maintenant. Je suis de passage sur Travia. J'ai pris le Lancovit comme destination pour mes vacances, à l'origine j'habite à Gandis. Je suis assez petit vous savez, alors pour mes vacances, j'ai préféré ne pas rester chez les Géants.
      Comme je vous l'ai dit, je vous vois tous les matins et ce depuis une semaine. Je suis l'homme qui s'assoit juste en face de vous dans le tapis-bus 306, celui de 9h35. Nous attendons ensemble sans faire particulièrement attention à l'autre durant vingt minutes puis vous descendez prendre un café. J'ai juste le temps de vous regarder vous asseoir à une table avant que le tapis-bus ne reparte. Ce matin encore ce fut le cas. Je portais un pantalon rouge, une chemise aux manches courtes et à carreaux, un nœud papillon et de grosses lunettes noires. Si ça peut vous aider à visualiser qui je suis, je suis le chauve. Vous, vous portiez une belle jupe de coton dentelé blanc qui vous arrivaient jusqu'au genoux, des bottes en cuir marron comme votre sac et une veste en jean bleu. Je vous ai trouvé charmante d'ailleurs ce matin, comme une petit poupée.
      D'ailleurs, au sujet de vos bottes, elles ont l'air assez usées... je suis cordonnier voyez-vous, et les chaussures sont l'une des première chose que je regarde chez quelqu'un. Vous devriez vous les faire apporter chez un de mes collègues, ce n'est pas bon de garder de mauvaises chaussures, vous pourriez prendre froid ou vous faire mal. C'est très important les chaussures vous savez, personnellement, j'ai toujours deux paires avec moi. Car c'est vrai, les usées sont toujours les plus confortable, mais si jamais il vous arrivait quoique ce soit, une seconde paire est toujours la bien venue... vous ne trouvez pas ?
      Je dois certainement vous importuner... j'en suis affreusement désolé, ce n'est pas que je veux vous embêter. Et puis vous avez parfaitement bien le droit de ne pas suivre mon conseil. Je ne me permettrais pas de vous juger à cause de cela. Surtout que ça ne me regarde pas. Vous pouvez d'ailleurs déchirer et jeter cette lettre, je ne m'en offusquerais pas (comment pourrais-je ? Je n'ai rien me permettant de le savoir).
      Si vous décidez toutefois de continuer, autant que j'ai quelque chose à dire ? Et puis si je ne disais rien, vous ne pourriez pas continuer de lire. Sauf que je ne sais pas trop quoi vous dire.
      Je ne sais même pas trop d'ailleurs, en conclusion, ce que j'ai dit.

      A l'origine, je voulais écrire à ma mère, mais je dois avouer qu'on ne se parle pas beaucoup... alors je ne sais jamais quoi lui dire... mais en ce moment je voyage beaucoup, pour mes petites affaires personnelles et les vacances, comme en ce moment, j'aurai pu faire un effort...
      Vous savez que si je n'étais pas allé au zoo, je n'aurais pas eu envie d'écrire de lettres ? Que ce soit à ma mère ou à vous. Je suis donc allé au zoo et il y avait une partie consacré aux animaux terriens. Vous saviez que sur Terre il y avait des Salterens muets et qui se tiennent sur leurs quatre pattes au lieu des deux postérieures comme nos voisins ? Il y a aussi des kangourous. C'est marrant comme nom "kangourous" vous ne trouvez pas ? Ils ont des poches aux ventres, un peu comme les elfes... enfin je crois. Ils sautillent dans les plaines d'une terre mal dégrossie qu'on appelle Australie. C'est beau comme mot Australie non ? Il y a pleins de mots que je trouve charmant personnellement, comme "automate". J'aime bien sauter aussi.
      Oui donc ! Ces kangourous, je n'arrive pas bien à voir leur rôle en Australie.
      De plus, ils meurent certainement malheureux, décapité par un bois mal poli nommé "boomerang". Peut-être que c'est leur rôle justement, de sauter et de se faire décapiter par les boomerangs !
      J'aurai bien aimé être un boomerang.

      Je ne sais pas bien comment conclure cette lettre. Je ne crois pas que je pourrais ruser comme pour l'introduction...
      Une simple lettre pour vous dire que je vous trouve jolie et vous conseillez de prendre soin de vos chaussures.

      J'espère encore que je ne vous ai pas trop embêté.

    Pinocchio. »


    Après l'avoir écrite et signée, il avait mis une heure au moins pour trouver une enveloppe qu'il, au final, ne trouva pas. Il la plia alors et la rangea soigneusement. Le lendemain, il prit le même bus 306 de 9h35 mais il ne revit pas la demoiselle. Alors il descendit une station plus tôt et entra dans le café qu'elle fréquentait. Il aurait voulu la lui passer dans le bus mais comme elle n'était pas là...
    Il s'approcha du barman et lui tendit la feuille pliée. L'homme le regarda longuement sans comprendre puis la saisit enfin sans rien dire, hébété. Pino hésita un instant avant de finalement commander un café. Il s'assit à une table, celle où généralement la jeune inconnue du bus s'asseyait. Il posa ses mains sur ladite table en se disant qu'elle avait du faire de même et ainsi, c'était comme s'il posait ses mains sur les siennes. Un bref rire retentit mais il n'y prêta pas attention, il ne se retourna même pas : c'était en fait le barman qui lisait la lettre, insouciant de son indélicatesse. Il venait de parcourir la ligne "J'aime bien sauter aussi". Le barman lança un regard amusé vers Pino. Voyait-il seulement l’ambiguïté de la phrase ?
    Le barman eut juste le temps de replier la lettre : l'inconnue du bus venait d'entrer. Il prépara sa commande habituelle et lui tendis la lettre d'un sourire mi-figue mi-raisin après avoir désigner Pinocchio qui leur tournait le dos.




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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mer 5 Oct - 16:34

On dit que les jeunes d’aujourd’hui ne savent plus s’ennuyer.
C’est valable sur AutreMonde, sur les Lymbes et sur Terre. Dès qu’ils ont un moment de libre,de vide, de blanc, ils se jettent sur leur boule de cristal , leur écouteurs, et les voilà partis dans un autre monde, le temps d’une chanson. Dont-ils articulerons les paroles silencieuses, les yeux fermés ou tapant du pied pour marquer la mesure.
C’est le cas dans les salles d’attente, dans les réunions, et surtout dans le bus.
Je ne suis pas une adepte des tapis. Pour tout vous dire, je n’ai jamais passé mon permis. Pour une Dragonne, quel comble ! Dites vous seulement qu’un oiseau qui vole déjà par lui-même ne comprend pas une technologie humaine créée essentiellement dans le but de lui ressembler.
Donc, étant cataloguée comme « danger publique » par tous les marchants de tapis du Lancovit, j’étais obligée de prendre le bus, tous les matins, pour me rendre au Palais. Enfin tout d’abord pour attendre Ch’u dans notre lieu de rendez-vous préféré : le café du Flagrant Délice.

C’était un petit café calme, souvent vide, qui ouvrait ses portes tôt le matin. Je commandais un café terrien, et j’attendais. Le plus souvent pour rien, car Ch’u est un vrai tête en l’air. Oubliant presque tous les jours notre rendez-vous, il filait directement au Palais, dans son bureau, et se mettait dans tous ses état quand j’arrivais en retard pour l’avoir trop attendu. Des fois je perdais patience et lui disais «  je t’ai attendu une heure ce matin » ou «  devines qui tu as oublié, encore une fois » et il se confondait en excuse, me faisait mille promesses….pour m’oublier une fois de plus le lendemain.
Je m’étais habituée à ces lapins, et je guettais toujours son arrivée. Il était venu une fois, et depuis je gardais toujours espoir, en m’asseyant à la table numéro 6.
Mais avant de parvenir dans ce havre de paix, je devais prendre le tapis bus, souvent bondé, et me livrer à ce que j’appelais le « jeu du vide ».

Je reniais mes voisins et leur musique pour me perdre dans la contemplation du paysage. J’étais la reine du grand nettoyage. Seule avec mes pensées, je faisais le vide, rangeais par ci par là des souvenirs mal triés, des anecdotes usées, des aventures extraordinaires. Je montais tous les matins à la cave le temps que durait ce trajet, en ressortant des fois couverte de poussière, mais en archéologue vainqueur et triomphante. C’est pour cela que je ne remarquais jamais ce qui se passait autour de moi. Je descendais à l’arrêt numéro 11, et je me dirigeais, encore un peu rêveuse, dans mon café.
Je buvais ma boisson les yeux mi-clos, puis je repartais pour commencer la journée.
Vous l’aurez compris, j’aimais les rituels.

Ce matin aurait du être comme les autres. Sauf qu’il pleuvait.
J’avais mis une robe à carreaux bleue, et mes bottes pour pouvoir marcher dans les flaques.
Mais au dernier moment au coup de boule me fit louper mon bus de 9h35.
Je fis donc le trajet sous la pluie, en courant, et poussa la porte du Café avec soulagement. Je m’approchais du comptoir, derrière lequel le serveur habituel rangeait ses bouteilles.

- Un café, s’il vous plait. Fis-je en essorant mes cheveux mouillés.

Il me regarda d’un air amusé et me tendis un morceau de papier soigneusement plié.

- Pour vous. Fit il en me désignant d’un geste vague les tables occupées.

Je pris la lettre de Chu car ça ne pouvait être que lui- la mit dans mon sac et me dirigeais vers ma numéro 6.
Qui était prise.
Par un jeune homme à l’apparence peu commune.

Dans la vie, il y a toute sorte de gens. Qui entrent dans toutes sortes de catégories. J’aime les ranger dans des tiroirs avec de petits étiquettes, j’aime aussi les inverser, les ressortir plus tard. De temps à autre, je croise dans la rue un visage extraordinaire, qui me fait déjà penser à un de ceux que j’ai déjà rangé. Je me répète alors cette petite phrase familière : «  il n’y a pas trente six mille sortes d’homme ici ».
Sauf que le voleur de table est, lui, ce que j’appelle un bazardeur. Parce qu’il ne se range pas.
Je me creuse la tête, essayant de trouver un tiroir. Je n’y arrive pas. Ca m’agace, c’est crispant, d’ailleurs tout autre que moi m’aurait trouvé maniaque. Mais ne pas arriver à mettre la main sur le mot qui qualifie ce regard pénétrant, cette innocence, cette candeur c’est très irritant.
Alors je vais m’asseoir de l’autre côté, au fond de la salle, et je sors la lettre de Ch’u.
Je la lis en silence, écarquillant les yeux, et quand je l’ai finis, je la plis soigneusement et la glisse dans la poche intérieure de ma veste, près du cœur.
Cette lettre est l’innocence, la bonté, la beauté même.
Alors, tandis que je prend un stylo et que je déchire une page de mon carnet de note, je chantonne pour moi seule :

- il n’y a pas trente six mille sortes d’homme ici


Dernière édition par Chamidontrachiva le Ven 7 Oct - 16:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mer 5 Oct - 21:15

    Pinocchio en profita pour regarder plus attentivement le café. Tout un mur n'était plus qu'une baie vitrée, on voyait les gens courir dans les rues et Pino grimaça en voyant les semelles d'un homme se déchirer de moitié quand ce dernier buta maladroitement contre le trottoir Les chaussures devaient vraiment être en mauvais état pour que les semelles partent aussi rapidement... Pinocchio en garda le visage convulsé un instant avant que ses muscles ne se détendent peu à peu. Il reprit sa contemplation du café, les tables étaient rondes et les chaises hautes. Les murs étaient recouvert d'un papier peint rétro qui s'harmonisaient avec les boiseries qui sentaient le neuf. Il n'y avait pas d'odeurs particulières, aucunes ne dominaient une autre. Tabac par ici, café de l'autre. Puis un courant d'air violent vint lui caresser langoureusement le visage et un parfum de sucre rose aux teintes dorées l’enivra. Une femme venait juste de surgir, traversant la pièce d'un pas déterminé. Elle était ruisselante, ses mèches se collaient à son visage. Noir contre blanc. Elle s’assit tranquillement et Pinocchio reconnu la feuille qu'il avait passé au barman. Pino, qui était seul et qui n'intéressait personne pour le moment, rougit brusquement. Il regretta soudain cette pulsion idiote d'écrire des lettres aux inconnus. A la limite, s'il n'avait pas été là quand elle découvrait la lettre, ça aurait pu passer... sauf que justement, il était là. Il ferma les poings et les appuya avec force contre ses cuisses. Il se défoulait ainsi, maintenant le plus la pression au possible. Il ferma ses yeux fronçés et resta ainsi une longue minute. C'était un exercice qui le détendait à coup sûr. Il était légèrement fatigué ensuite, et ses bras le faisaient terriblement mal au point qu'il ne sentait plus qu'eux à la fin, mais c'était justement le but recherché : il se sentait trop bizarre pour stresser.
    Il rouvrit les yeux et la regarda une nouvelle fois. Elle lisait toujours, les yeux écarquillés. Elle finit par les relever et lui déglutit. Il fixait chacun de ses faits et gestes, le cœur ridiculement battant. Les épaules relâchées, il avait l'air d'un poisson hors de l'eau.
    Alors, elle sortit un stylo et griffonna sur une feuille arrachée.
    Pinocchio avait noté qu'elle n'avait pas jeté sa lettre, elle l'avait même délicatement rangée dans la poche intérieure de sa veste.
    Elle était maintenant penchée sur son papier et semblait à l'écart du monde. Pino la regarda longtemps, très longtemps. Puis, voyant qu'elle ne semblait pas vouloir faire quoique ce soit, il abandonna et se leva. Peut-être ne l'avait-elle pas reconnu ? Peut-être ne l'avait-elle même pas remarqué ? Si c'était le cas il en fut soulagé.
    Il tourna les talons pour percuter le barman.
    Il tourna les talons pour percuter le barman.
    Il tourna les talons... pour percuter le barman ?
    Ce dernier le regardait, les sourcils haussés, les bras croisés. Il ne dit rien, Pino ne dit rien... mais ils échangèrent tout de même un regard bien parlant. Le barman l'incitait à y aller, mais lui ne voulait pas vraiment, trop timide pour oser. Le barman releva encore les sourcils et Pino se demanda si c'était vraiment possible. Oui c'est vrai qu'il ne la connait pas, donc ce n'était pas trop grave s'il s'humiliait. Mais tout de même, une humiliation restait une humiliation. Pinocchio, en remarquant enfin le gabarit du barman se dit que finalement, il irait peut-être. Tout à coup, l'homme sourit, d'un sourire entendu, amusé et légèrement pervers.
    - Je pensais que vous aimiez sauter.
    Pino fronça les sourcils, sans comprendre le sous-entendu. Car en fait, lui, comprit tout autre chose. Il ne s'offusqua même pas de voir que le barman avait aussi lu la lettre. Il se retourna encore une fois et fit mine d'avancer tranquillement jusqu'à la table de la jeune femme. Aujourd'hui, il était habillé de blanc : chemise blanche, pantalon blanc. Il avait toutefois une veste en velours vert, plus clair que ses yeux cachés par ses lunettes, aux coudes recouverts d'un rond de cuir marron. Il avait aussi, son fidèle nœud de papillon noir. Il tira une chaise à la table de la brune sans s'asseoir pour autant, attendant qu'elle l'invite et lui dis avec un sourire.
    - Et vous ? Vous auriez aimé être un boomerang ?
    Pinocchio a cru, dans le sous-entendu du barman (qui regardait toujours l'étrange duo derrière son bar avec intérêt), qu'il lui conseillait de parler des kangourous et des boomerangs... ce qu'il était en train de faire.



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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mer 12 Oct - 13:37

Comme je ne savais pas écrire, l’exercice qui, quelques instants plus tôt, me semblait tout à fait naturel, se trouva être plus difficile que prévu une fois le stylo dans ma main. Le feuille blanche au rebord déchiré semblait presque me narguer, sans parvenir à m’énerver cependant. J’étais simplement frustrée. Frustrée de ne pouvoir trouver les mots pour répondre à ce Pinocchio. Frustrée de rester là, idiote immobile, alors que mon inconnu était sans doute dehors, marchant sous la pluie pour s’éloigner du café.
Je lâchais le stylo, écrasais le papier et le fourrais dans ma poche. J’étais stupide.
J’aurais dû me lever, pousser la porte et me mettre à courir sous la pluie, comme ces étranges héroïnes terriennes qui me faisaient tant rire.
Mais quelque chose - peut être un sixième sens dragonnien- me poussait à rester assise à cette table. Peut être parce que c’était trop tard, que mon écrivain au kangourou était déjà trop loin pour que je ne le rattrape.
Je soupirais, glissais la main dans une de mes poches et payais mon café. J’étais déçue. Ca ne m’arrivait pas souvent, alors ce sentiment me mettait mal à l’aise. J’étais déçue par une multitudes de choses à la fois. Par Chu’, qui oublierait notre rendez-vous encore et encore, par moi-même, qui continuerai à venir dans ce café, et à m’asseoir à la table numéro 6, par moi encore qui n‘étais pas capable d’aligner deux mots pour répondre à la plus belle lettre que je ne recevrais jamais.

- Et vous ? Vous auriez aimé être un boomerang ?

Je levais les yeux quelques secondes avant que mes jambes ne se déplient pour me lever.
Sans vraiment de surprise, j'étais face à face avec le bazardeur, qui me regardait de toute sa hauteur, appuyé, un petit peu mal à l'aise, à la chaise en face de moi.
La table qui nous séparait avait l'air tout à coup bien petite, fragile, mais cela ne ma dérangea pas.
Je le détaillais minutieusement, car maintenant qu'il était debout, on pouvait voir ses chaussures magnifiquement bien entretenues, son pantalon immaculé et sa veste verte d'une autre époque.
Ses lunettes ne parvenaient pas à cacher son regard.
C'était un de ces regards rares, qu'on ne peut s'empêcher de fixer sans pouvoir détourner le sien. Ses yeux étaient d'une couleur verte, mais ce n'était pas là vraiment leur particularité. C'était cette force, cette innocence qui se retrouvait dans sa lettre, cette joie, un peu de cette naïveté qui vous aspirait toute entière dans ce regard là.
Je voulus me lever, mais je n'y parvins pas.
Comment avais-je pensé- même une seconde- que la personne qui m'avait écrit la lettre était semblable à une autre ? Non, cet homme là, enfin ce jeune homme là, plutôt, était unique.
Et il voulait être un boomerang.
Alors je souris et ne détournais pas le regard.

- En fait, j'aurai mieux aimé être une boîte. Une belle boîte un peu rouillée qui renferme des secrets, posée sur une étagère. Mais ça dépend des points de vue....boomerang c'est bien, aussi....

Alors d'un petit geste je l'invitais à s’asseoir en face de moi.
Chu' pouvait aller voir sur Madix si j'y étais, c'était à mon tour de lui poser un lapin.
Et quelque chose me disait que celui là était un très, très beau lapin.


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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Jeu 27 Oct - 15:46

    La jeune poupée paraissait étrange dans ce café, dans sa robe à carreaux bleus, avec ses cheveux noirs qui lui collaient à la peau. Une peau blanche de porcelaine qui semblait pouvoir se briser à tout moment, on avait envie de tendre les doigts et d'en tester la douceur. Elle semblait luire doucement sous les rayons du matin. Elle semblait être là sans l'être. Comme une illusion, comme l'image d'un monsieur dans la boule de cristal. Il est là sans l'être. Mais ses grands yeux aux longs cils étaient assez froid. Pour Pinocchio, peu importe qui porte ce regard, les yeux clairs sont froids. Et ceux sombres chaleureux, comme les siens. Ils étaient peut-être verts, ils étaient verts sombres. Alors Pinocchio pensait qu'il était une personne chaleureuse.
    Cette jeune femme avait quelque chose qui clochait. Ses cheveux étaient noirs, il n'aimait pas ça. Pinocchio, avant de perdre ses cheveux, avait eu de belles boucles blondes. Il aimait leS blonds. Voire le châtains. Les anges ont des cheveux clairs comme ça. Cette jeune femme, malgré sa peau de cygne et son regard d'eau, n'était pas un ange. Le noir c'est sombre. Comme ses yeux. Alors Pinocchio non plus n'était pas un ange.

    La poupée semblait agacée. Le chauve sentait ses mains devenir moites. Qu'est ce qu'elle allait faire ? Etait-ce la lettre qui l'avait dérangée ? Ou peut-être n'aurait-elle pas dû la gêner ? Si c'était le cas, Pinocchio comprenait parfaitement. Il n'aimait pas qu'on le dérange quand il réfléchissait. Pinocchio se posait beaucoup de questions et n'en abandonnaient aucune, il les notait toutes quand il avait peur de les perdre. Il essayait généralement de trouver la réponse tout seul. Quand il trouvait, il était content pour tout le reste de la journée. Mais dès que quelqu'un le dérangeait dans ses pensées, comme un caillou trop gros sur son chemin, il perdait le fil. Obligé de faire un grand détour pour contourner le caillou trop gros, il perdait beaucoup de temps, du chemin aussi il en perdait. Et il se retrouvait obligé de faire marche arrière. Il n'aimait pas beaucoup ça. Il avait du temps, Pinocchio ne cherchait pas à en gagner, il le prend comme il vient. Mais tout le monde n'est pas comme ça. Dans tous les cas, Pinocchio comprenait parfaitement le fait que l'on puisse s'énerver devant un caillou trop gros. Il esquissa un petit sourire gêné. Mais celui que la jolie femme lui rendit fit envoler son inquiétude en éclat et la froideur qu’il avait cru voir dans ses yeux avec.
    « En fait, j'aurai mieux aimé être une boîte. Une belle boîte un peu rouillée qui renferme des secrets, posée sur une étagère. Mais ça dépend des points de vue....boomerang c'est bien, aussi... »
    Elle l'invita à s'asseoir et Pinocchio fixa ses dents éclatantes qui rayonnaient. Ses lèvres charnues étaient rouges et en forme de cœur, elles devaient avoir le goût des cerises du Japon. On avait envie d'en goûter l'acidité. Pinocchio une fois installé, croisa les jambes sous sa chaise et ses mains sur la table. La gestuelle chez une personne en dit généralement long sur la personne. Les mains jointes religieusement signifiaient la prière, mais Pinocchio ne croit pas en Dieu. On ne sait pas trop en quoi Pinocchio croit. Il croit aux enfants, mais sinon on ne sait pas. Pinocchio était assez grand, il était marrant de le voir se tasser pour prendre le moins de place possible. Il sourit et ses yeux se plissèrent sous ses fossettes.
    « Mais nous sommes déjà des boîtes... non ? »
    Même quand il sait il ne sait pas. Pinocchio est rarement sûr de ce qu'il dit, sauf pour les chaussures. Il sait ce qu'il dit quand il parle des chaussures.
    « Comment dire... nos corps sont des boîtes et nos pensées les secrets... si vous voulez... », sa voix ne fut plus qu'un souffle vers la fin. Il sentait qu'elle allait le contre-dire, que c'est pas bon, pas bon du tout.
    Mais pour lui ça paraissait logique. A partir du moment où Pinocchio réfléchit, il se sent en sécurité. Sa tête est son jardin secret. On est toujours bien dans son jardin intime. Alors quand Pinocchio pensait, il était heureux.
    Une mouche de pensée lui entra dans l'oreille droite.
    Il était là sans être là, dit-elle. Pino laissa échapper un rire quand une vague de souvenir accompagna la mouche. Il était là sans être là...
    Il se rendit compte qu'il venait de pouffer au pif de la jeune femme et il s'excusa :
    « Excusez-moi, ce n'est pas de vous que je ris... mais..., un petit gloussement coula ses lèvres, plus il y repensait, plus ça le faisait rire. Mais vous êtes comme mon père... en fait. Le matin quand mon père partait je disais toujours, et il imita la voix d'un enfant : "Papa le matin il va derrière la porte, quand je cours ouvrir la porte, papa il est plus là, il est au travail."»
    Le cordonnier rit encore une fois de sa naïveté, d'une voix très grave qui partait dans les aigus vers la fin. Et le soir papa, il ressort de derrière la porte. Il laissa passer un petit nostalgique. L'ange passant emporta ses années d'enfance pour le faire revenir à l'instant présent.
    « Quand j'étais petit, j'étais persuadé qu'il était derrière la porte. Mais en fait non. Alors que tous les matins il y allait et tous les soirs il ressortait de derrière la porte. Il était là sans être là. Et j'étais en train de me dire que c'est aussi votre cas. Vous êtes là sans l'être. »
    Pinocchio était du genre distrait. Il pouvait penser à un pain puis une seconde après, à un chausson aux pommes. Il aimait beaucoup les pommes.
    Alors il pouvait penser à une boîte puis à son papa la seconde suivante. Ses pensées ne sont pas organisées. Enfin si. Comme les abeilles d'une ruches. Au premier abord elles ne semblent pas ordonnées, assez hasardeuses, mais en fait non. Pour Pinocchio c'était pareil. Ses pensées étaient des abeilles. Il reprit avec un petit sourire gêné, embarrassé par cet aveu :
    « Vous semblez étrange... une sorte de... d'aura irréelle émane de vous. Je ne sais pas. Peut-être est ce parce que c'est le Matin. »
    Il ne savait pas trop s'il venait de gaffer ou non, s'il elle allait se vexer ou pas. Alors il se rattrapa, sait-on jamais :
    « En tout cas vous êtes une très jolie boîte ! »
    Une boîte aux couleurs d'hiver mais au sourire de printemps. Une boîte à la peau d'ivoire que l'on veut caressé tant elle est bien taillée, une boîte incrustée de saphirs et veiné de vermeil que l'on voudrait embrasser.



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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mar 1 Nov - 15:53

Il m'écouta sans rien dire, attentif.

- Mais nous sommes déjà des boîtes... non ? » Fit il d'une voix hésitante
Comment dire... nos corps sont des boîtes et nos pensées les secrets... si vous voulez
... »

Il explosait sa théorie dans un souffle, incertain. Je ramassais du doigts le sucre qui était tombé sur la table, y traçant des courbes au hasard.
Un éclat de rire, le sien, me fit relever la tête brusquement. Perdu dans ses pensées, il ne me regardait pas, fixant un point au dessus de mon épaule droite. Je n'osais rien faire, rien dire, plus vraiment certaine de vouloir parler avec ce déroutant inconnu.

- Mais vous êtes comme mon père... en fait. Le matin quand mon père partait je disais toujours "Papa le matin il va derrière la porte, quand je cours ouvrir la porte, papa il est plus là, il est au travail."»

Il rit une seconde fois, toujours le nez au plafond.

« Quand j'étais petit, j'étais persuadé qu'il était derrière la porte. Mais en fait non. Alors que tous les matins il y allait et tous les soirs il ressortait de derrière la porte. Il était là sans être là. Et j'étais en train de me dire que c'est aussi votre cas. Vous êtes là sans l'être. »

Je le regardais franchement, analysant ce qu'il venait de me dire. J'étais forcée de constater qu'il avait raison....mais c'était difficile de savoir ce qu'il disait, ce qu'il avait véritablement derrière la tête. Etait-ce un reproche ? Son enfance n'avait pas eu l'air très heureuse....un père absent ? Peu affectueux ? Et voilà qu'il me comparait....

« Vous semblez étrange... une sorte de... d'aura irréelle émane de vous. Je ne sais pas. Peut-être est ce parce que c'est le Matin. »

Je me mordis les lèvres, soudain envahie par une honte absurde. Je baissais encore plus la tête vers ma tasse. Etais-je donc si froide ? Si peu présente ? On comparait certaines personnes à des flambeaux, à des flammes de bougies qui tremblotent, des étincelles de feu, si vivantes et éblouissantes. Alors l’intéressé rougissait, et sortait une petite phrase anodine qu'on pouvait balayer d'un geste de la main. « Mais non voyons je suis comme tout le monde ». On pourrait lui répondre «  je t'assure...tu es plein de vie, si énergique ». J'avais déjà assisté à ce genre de scène, avait même participé à l'échange par un « mais si mais si, je t'assure que c'est vrai ».
Mais personne ne me l'avait jamais dit. Et voilà qu'un parfait inconnu, qui semblait par ailleurs si juste, portant un regard innocent sur son entourage, m'affirmait le contraire.

« En tout cas vous êtes une très jolie boîte ! »

Je souris piteusement, la gorge nouée.

- C'est gentil de votre part.....Pinocchio. Je....je ne sais pas trop ce que vous voulez dire par irréelle...je....c'est ….

Je bloquais le puéril «  c'est pas ma faute » en tournant un café imaginaire dans ma tasse.

- ...notre monde. C'est notre monde qui fait ça. Vous, vous avez gardé....je veux dire que vous êtes au dessus de tout ça. Mais moi je ne suis pas assez forte, si je veux m'évader je suis obligée d'être un peu froide. Ce n'est pas de l'hostilité, c'est simplement comme vous l'avez dit. Je suis là sans l'être.

Je sentais le poids de son regard, j'avais les joues en feu.

- Le jour où je pourrais débarquer dans la rue en hurlant n'importe quoi n'arrivera pas. Ou le jour où je pourrais écrire une lettre à un inconnu. Je serais toujours prise dans ces conventions. C'est triste, mais c'est comme ça. Je n'ai pas votre force.

Je me sentais bien ridicule et je ne savais pas vraiment ce qui le retenait à cette table, alors qu'il aurait pu sortir sous la pluie et oublier la fille peu intéressante que j'étais.
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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mar 1 Nov - 22:46

    Pinocchio fronça des sourcils, un peu dérouté face à la réaction de la jeune femme. C'est vrai qu'il avait eu un instant d'hésitation et n'avait pas su comment on pourrait prendre sa remarque, mais en y repensant, il s'était dit que c'était en fait un beau compliment et il en fut assez fier. Mais au lieu de sourire et rougir, elle afficha une petite mine gênée et un sourire embarrassé. Pino se tortilla. Peut-être avait-elle vécu une expérience dans sa vie qui la rendait sensible à ce genre de commentaires ? En tout cas c'était assez embarrassant... il déglutit et chercha son regard qui le fuyait.
    « C'est gentil de votre part.....Pinocchio. Je....je ne sais pas trop ce que vous voulez dire par irréelle...je....c'est ….»
    L'information mit un peu de temps avant de le faire réfléchir, et surtout réagir. Dans le trouble le plus total, il se sentit assez fautif devant sa confusion. Puis quand ses paroles prirent enfin un sens, il sourit, soulagé de voir que c'était juste un problème d'ondes. Il voulut se reprendre mais elle le prit de court.
    « ...notre monde. C'est notre monde qui fait ça. Vous, vous avez gardé....je veux dire que vous êtes au dessus de tout ça. Mais moi je ne suis pas assez forte, si je veux m'évader je suis obligée d'être un peu froide. Ce n'est pas de l'hostilité, c'est simplement comme vous l'avez dit. Je suis là sans l'être. »
    Il souriait de plus en plus face au soulagement. Il leva les mains prêt à l'arrêter mais encore une fois elle continua avant qu'il ne puisse dire quoique ce soit.
    « Le jour où je pourrais débarquer dans la rue en hurlant n'importe quoi n'arrivera pas. Ou le jour où je pourrais écrire une lettre à un inconnu. Je serais toujours prise dans ces conventions. C'est triste, mais c'est comme ça. Je n'ai pas votre force. »
    Il inspira pour enchainer avant qu'elle ne continue mais il se bloqua à ces mots. Je n'ai pas votre force. Il baissa les yeux à son tour et fixa ses pouces. Il se croyait dans la peau d'un usurpateur. Ce n'est pas de la force que Pino a. Pinocchio avait d'abord vécu à New York et quand il vint en Autre-Monde, c'était comme s'il était dans un rêve. Alors tout ce qu'il y vivait ne l'atteignait pas, ce n'est qu'un rêve alors il pouvait faire tout ce qu'il voulait, il pouvait être celui qu'il voulait être. Pierrot, ou encore Le Grand Méchant Loup, ou bien le Prince Charmant. Il aurait aimé être un Prince Charmant. Autre-Monde n'est pas sa vie, c'est autre chose.
    Jusqu'à ses 15 ans, Pino avait été un garçon intelligent et réservé. Aujourd'hui c'était toujours un homme timide, mais plus expansif, il laissait couler sa folie, mais pas à grand jet d'eau froide (non il n'est pas réellement fou). C'était simplement du laissé aller, pas de le force. Il était un peu penaud. Elle se faisait des idées. Ce n'est pas vrai, il n'était pas comme ça. Mais c'était plaisant, très plaisant de passer pour mieux qu'on n'est n'est ce pas ? Alors il ne rectifia pas ce point.
    Ils avaient tous les deux le regard baissé, craignant de voir dans les yeux de l'autre un reproche. Ou la vérité. Il inspira et bloqua instant, sentant tous les globules rouges récupérer l'oxygène dans ses alvéoles. Il répondit d'une petit voix bien grave cependant, quoiqu'un peu cassée par ce malaise.
    « Je ne parlais pas d'hostilité, pas du tout c'est juste... enfin... je sais pas comment dire... ce doit être l'éclairage, le soleil du matin... » Il disait toujours le soleil au lieu des soleils, il n'y arrivait pas, séquelle terrienne. « Vous avez une peau très claire, ce qui vous rend tout à fait charmante ne vous inquiétez pas ! C’est simplement comme si vous pouviez disparaitre à tout moment. On a envie de vous toucher pour voir si vous êtes bien là, de vous attraper pour ne pas vous laisser vous envoler, vous garder contre nous. Ca vous donne un certain charme. Une certaine personnalité, vous n’êtes pas tout à fait comme les autres. Peut-être aussi parce que… vous… êtes… »
    Trempée. En prenant conscience de son état il se retourna et héla le barman, lui demandant s'il avait une serviette. Celui-ci hocha la tête, en prit une et se dirigea de lui-même vers eux, ignorant le serveur qui s'était proposé.
    Le barman était un homme charismatique, grand, bien bâti et plutôt imposant (c'est plus de la graisse que du muscle...), sa figure rondouillarde était habilement rasée et son sourire mielleux. Ses boucles grisonnantes et ses tempes déjà blanches étaient parfaitement bien organisées, et s'accordaient avec ses grands yeux bleus qui étaient moins impressionnant que ceux de la demoiselle du bus, mais beaux quand même. Les yeux bleus sont toujours beaux. Il avait la cinquantaine allante mais était toujours un très bon parti, on raconte qu'il était marié avec une jeune femme nettement plus jeune, ce qui alimentait les railleries et les ragots.
    Il regardait le duo étrange avec une curiosité non dissimulé et souriait vaguement.
    « C’est pour sécher mademoiselle ? J’en vois pas l’intérêt si c’est pour la remouiller ensuite…»
    Il ricana, d'un rire gras mais aux belles sonorités. Pinocchio ne fit pas attention. Il ne fait jamais attention quand il ne comprenait pas et que -surtout- ça ne l'intéressait pas. Mais il sourit quand même au barman, par politesse, ce qui fit grandir l'hilarité du grand vieux qui n'était pas tant que ça marqué par les années.
    Pinocchio le remercia et tendit la serviette à la poupée tandis que le gérant retournait à ses tables en grommelant joyeusement.
    Il la laissa s'essuyer avant de reprendre.
    « Et puis, vous savez, les conventions ne sont là que pour donner de l’ordre, pour rassurer les gens, mais aussi les protéger. Rien ne vous empêche pourtant de mettre une chaussure bleue avec une rouge mais attention ! » Il leva un doigt, la chaussure était un sujet important pour Pinocchio, on ne rigole pas avec les souliers « Faites bien attention à ce qu’elles soient toutes les deux en bon état. Il ne faudrait pas se faire mal bêtement.
    En tout cas c’est pareil pour tout le reste : on ne parle pas aux inconnus, c'est la base. Pourtant c'est ce que je suis en train de faire et je n'en meurs pas ! Ce qui ne nous empêche pas d'être prudent. Ouvert oui, bête non. »
    Il sourit largement, montrant que la phrase qui suivait la visait. « Et puis on peut faire de bonne rencontre ! »
    Il laissa un petit temps encore et se pencha au-dessus de la table, parlant comme d'un secret.
    « On ne devient fort qu’après un dur entrainement vous savez… », souffla t-il avant de rire, plissant ses yeux verts sombres.
    « Tout à fait ! D'accord avec le mioche ! Y'a des chambres à l'étage si vous voulez...»
    Le barman, qui s'était encore mêlé de ce qui ne le regardait pas avait entendu le souffle de Pino et n'avait pas hésité à l'approuver, même si les deux hommes parlaient tous les deux de deux choses bien différentes. Pinocchio fit comme s'il n'avait rien entendu. Il n'avait encore une fois pas compris mais ça ne l'intéressait pas de savoir. Quand c'était le cas, il posait sans cesse des questions et n'arrêtait pas de les poser jusqu'à ce qu'il obtienne des réponses convaincantes. Mais pas cette fois et, de toute façon, le barman ne s'occupait déjà plus d'eux.



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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mar 8 Nov - 18:09

L'atmosphère était tendue, et aucun de nous deux n'avait l'air de vouloir prendre la parole en premier.

« Je ne parlais pas d'hostilité, pas du tout c'est juste... enfin... je sais pas comment dire... ce doit être l'éclairage, le soleil du matin... » Fit il alors d'une voix grave« Vous avez une peau très claire, ce qui vous rend tout à fait charmante ne vous inquiétez pas ! C’est simplement comme si vous pouviez disparaitre à tout moment. On a envie de vous toucher pour voir si vous êtes bien là, de vous attraper pour ne pas vous laisser vous envoler, vous garder contre nous. Ca vous donne un certain charme. Une certaine personnalité, vous n’êtes pas tout à fait comme les autres. Peut-être aussi parce que… vous… êtes… »

Flattée et un peu consolée, j'attendis la suite de sa phrase. Parce que vous êtes... ?
Alors une goutte de pluie, tomba d'une de mes mèches de cheveux trempée et roula le long de ma joue avant d'aller s'écraser sur ma main, à côté de ma tasse.
Je relevais la tête, maculant de gouttes la table en plastique. Il le remarqua tout de suite et appela le barman. Celui ci s'approcha, l'air vraiment intéressé par l'étrange couple que nous formions.

Sa grande ombre masquait toute la table. Je n'avais encore jamais remarqué à quel point il était imposant....le genre d'homme qui était prêt à mettre dehors le premier ivrogne insolant....
Mais il sourit bizarrement à Pinocchio et alla chercher une serviette.

« C’est pour sécher mademoiselle ? J’en vois pas l’intérêt si c’est pour la remouiller ensuite…»

Le barman ne semblait pas avoir envie de partir, et il rit d'un rire gras que je trouvais désagréable. Surtout que je ne voyais vraiment pas le rapport. Mais reconnaissante, je gratifiais mon bazardeur d'un regard reconnaissant, m'emparais de la serviette et m'épongeais du mieux possible.
Enfin le barman tourna les talons à contre cœur, car d'autres clients arrivaient vers le bar. Une fois qu'il se fut éloigné, Pinocchio reprit :

« Et puis, vous savez, les conventions ne sont là que pour donner de l’ordre, pour rassurer les gens, mais aussi les protéger. Rien ne vous empêche pourtant de mettre une chaussure bleue avec une rouge mais attention ! »

Il leva le doigts, comme on l'aurait fait pour prévenir ou gronder un enfant, et conseilla en articulant distinctement :

« Faites bien attention à ce qu’elles soient toutes les deux en bon état. Il ne faudrait pas se faire mal bêtement.
En tout cas c’est pareil pour tout le reste : on ne parle pas aux inconnus, c'est la base. Pourtant c'est ce que je suis en train de faire et je n'en meurs pas ! Ce qui ne nous empêche pas d'être prudent. Ouvert oui, bête non.
»

Je me demandais si il avait un métier qui se rapportait aux chaussures, qu'il semblait aimer par dessus tout. Il sourit largement, me faisant vite oublier le problème de mes souliers trempés.

« Et puis on peut faire de bonne rencontre ! »

Il se pencha alors par dessus la table, se rapprochant de moi comme jamais encore.
Je remarquais alors le barman qui était revenu vers nous, très satisfait maintenant, et qui le regardait d'un œil pétillant de curiosité.

« On ne devient fort qu’après un dur entraînement vous savez… »

Puis il rit d'un rire contagieux, et je souris à mon tour, la morosité que j'avais éprouvé quelques minutes plus tôt complètement envolée. J'étais très lunatique...

« Tout à fait ! D'accord avec le mioche ! Y'a des chambres à l'étage si vous voulez...» Fit l'intrus en s'approchant de nous et en désignant l'escalier à côté du bar.

Je plissais les yeux et regardais Pinocchio, indécise.

- Pour la première fois, ne vaut il pas mieux de le faire dans la rue ? Avec de parfaits inconnus ? C'est plus excitant....plus libérateur.....enfin je veux dire je ne sais pas, moi je ne suis pas le genre de fille à faire ça...mais si vous vous êtes entraîné alors....

Puis je me rappelais alors que mon bazardeur avait sans doute un travail qui l'attendait, et qu'il n'avait sans doute pas le temps de commencer mon instruction.
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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Dim 13 Nov - 15:57

    Ses petits yeux bleus (yeux bleus, yeux d'amoureux. HAHA. Pas drôle), en proie à l'hésitation et dit d'une petite voix douce presque inaudible.
    « - Pour la première fois, ne vaut il pas mieux de le faire dans la rue ? Avec de parfaits inconnus ? C'est plus excitant....plus libérateur.....enfin je veux dire je ne sais pas, moi je ne suis pas le genre de fille à faire ça...mais si vous vous êtes entraîné alors...
    Tous les deux penchés sur la table, leur nez pouvant presque se toucher, il formait un drôle de duo assez étrange, défiant et frais mais leurs couleurs ne correspondaient pas. Comme un tableau mal coupé, pourtant personne, en voyant le couple pétillant, ne nierait s'en voir dégager une certaine harmonie. Deux légumes étranges qui n'ont rien à faire dans la même casserole et qui toutefois, libèrent une saveur délicieuse. Pendant que les deux individus écrivent tous seuls dans leur coin une recette poétique dans leur regard, le barman fixait lui un point quelconque dans son café en remâchant les mots de la poupée. Qui n'avait rien d’enfantins. Dans la rue ? Avec des inconnus ? Plus excitant ? Libérateur ?
    Il sourit doucement.
    « - C’est que c’est une coquine celle-là…»
    Pinocchio, qui était un homme patient et gentil, en eu quand même un peu marre de ses remarques insensées (pour lui). Il se retourna, hésita un instant en se remémorant que le barman avait quand même un gabarit important, pour finalement lui lancer un regard qui en disait long sur la gêne occasionnée. Avec un petit sourire poli.
    Le grand homme leva les mains en signe d'innocence mais recula et s'en alla quand même, les laissant enfin seuls.
    Donc, Pinocchio revint à la jeune femme et sourit, à la fois désolé et amusé. Il prit une grande inspiration, comme avant le grand saut.
    « - C’est parfait », puis il ajouta d'une voix plus confiante pour la rassurer. Aller se lâcher en pleine rue quand on n'a pas l'habitude, vivre sans se soucier des gens, de leur regard, de leur avis et de leurs mots... quand on n'a pas l'habitude, ce n'est pas tout de suite évident. « - Faite-moi confiance et au pire vous n’aurez qu’à dire que je vous ai enlevé et menacé de chatouilles si vous ne faisiez pas ce que je vous demandais. »
    Parfois, la blague la plus pourrie au monde peut devenir la plus marrante du globe simplement dans le sérieux avec lequel elle est prononcée, comme dans ce cas. Sauf qu'il faut parfois faire attention, généralement, quand Pinocchio est sérieux, il ne fait pas semblant. Il sourit largement et commença à se lever.
    « - Non, non, non, NAN, noooon ! SURTOUT… ne te lève PAS ! …J’ai pas fini. »
    Alors que son cul venait de se décoller de la chaise d'à peine trois millimètres, Pinocchio, alarmé, obéit. Il reconnu alors enfin la voix grave et sulfureuse de Bob, son escargot blanc à la coquille verte et également son familier. Il lui demanda intérieurement ce qu'il se passait.
    « - Ben en fait, alors que tu discutais avec ta charmante demoiselle, moi, je grimpais la montagne de la mort qu’est ton dos, risquant ainsi ma vie et ma pauvre coquille. »
    Pinocchio soupira et passa une main dans son dos pour l'attraper, se cambrant un peu par la même occasion. Il n'y arrivait pas, il y a un point dans notre dos qui, peu importe comment vous vous contorsionner, est intouchable par soi-même et Bob venait de l'atteindre. Le grand chauve lâcha un énième soupir. Finalement, Bob devra monter "la montagne de la mort" sans son aide.
    « - Sérieux ?! Tu vas me laisser comme ça ?! »
    Oui, il allait le laisser comme ça. Il laissa "sa charmante demoiselle" passer devant et la suivit, un escargot accroché à son dos. La politesse veut que ce soit l'homme qui passe avant la dame, pour s'assurer que cette dernière ne courra aucun danger. Sauf que c'était le cas quand on rentrait quelque part, pas quand on sortait. Alors Pinocchio adopta le principe de base : les femmes d'abord. C'était donc ainsi qu'il pensait. Il paya rapidement, content à l'idée de pouvoir faire découvrir sa manière de pensée, son univers, à quelqu'un. Le barman afficha un sourire en remarquant le sien. Il les aimait bien ces gosses.
    « - Content ?
    - Oui, elle a raison, avec les inconnus c'est toujours plus excitant ! »
    Le sourire figé et trop grand du grand brun illustrait bien son incompréhension. Il était tombé sur de sacrés numéros...
    «- Tu m’en diras tant… », murmura-t-il en fixant avec gourmandise la belle brune. Quand ils l'abandonnèrent, il resta un petit moment à les regarder s'éloigner puis il se remit à sa besogne, heureux d'avoir fait une telle rencontre.
    Sur ce point, Pinocchio et le barman se ressemblaient bien : pas besoin de grand chose pour sourire. Pour le cordonnier d'ailleurs, avoir simplement rencontré cette jeune femme était déjà un motif de sourire, pour une semaine au moins.
    « Je suis sur ton épaule ! (HJ : 8D) »
    Et c'est ainsi que Bob l’Extraordinaire gastéropode, simple familier de cordionnier (et non pas de ministre), petit animal fragile qui a sué sang et eau, a bravé la montagne de la mort à ses dépends.
    Pinocchio lui jeta un bref regard mais un sourire chaleureux tout de même. Les mains dans les poches, un héros sur l'épaule, il se retourna sur l'inconnue du bus 306 à ses cotés. Elle était plus petite qu'elle ne le pensait, mais plus grande que la plupart des femmes qu'il croisait.
    « - Est-ce qu’il y a… un endroit où vous n’êtes jamais allée et que vous aimeriez visiter… ? Non d’abord, votre journée est libre ? Non, plus important encore : Vous êtes… ? » Et il leva une longue main pour une poignée. Généralement, on se faisait la bise (sauf pour deux hommes, c'est pas très viril), il aurait bien aimé que se fut-ce le cas mais il ne sait pas comment elle l'aurait pris. Pourtant il avait toujours cette impression d'irréalité. Peut-être qu'une simple poignée de mains la ramènerait à la réalité ? Il préférait encore la bise.
    Il n'arrivait pas bien à organiser ses pensées, il s'emportait un peu : il était vraiment content de pouvoir rire avec quelque d'autre que son familier. « Oh ! »
    Pinocchio souffrait rarement de la solitude, mais il lui arrivait de regretter la normalité. Comme à New York. Il avait eu des amis là-bas, il les avait peu à peu abandonné, le manque était une chose qu'il appréhendait peu mais il faut avouer que cette capacité à venir vers lui avait disparu ici. Sur Autre-Monde, tout était plus étrange... il était plus banal. Et même s'il avait ouvert les vannes, plus par besoin que par envie, personne ne le remarquait. Alors qu'à New York ça aurait été le cas, on l'aurait regardé de travers, peut-être même insulté, mais il aurait croisé la route de gens agréables. Sur Autre-Monde ce n'était pas le cas. C'était pour ça qu'il s'était extériorisé, il pouvait être lui sans brimades. La diversification des races sur cette planète permettait l'ouverture d'esprit, mais n'aidait pas au rapprochement.
    Alors que cette jeune femme sourit en le voyant, le valorisant même par une simple lettre... c'était très agréable et réconfortant. Son exubérance avait fait naitre un vide autour de lui, tel une personne intouchable et pourtant, c'était ce qui avait attiré cette jeune femme. Il en était vraiment heureux. Ces couleurs vivaces sur ses vêtements ne sont pas des parements, mais réellement ce qu'il est. Il était à nu. Il sourit, étrangement ému. Oui, cette jeune femme était une raison pour sourire, une semaine au moins.
    «-...Vous êtes une magnifique boite et moi un nœud papillon qui aurait aimé être un boomerang… », murmura-t-il plus pour lui-même.
    Pourquoi un nœud papillon ? Parce qu'un papillon c'est simple et léger. Pourquoi un nœud papillon ? Parce que tous les poètes portaient des nœuds papillons. Il avait eu une période poésie quand il était jeune et qu'il vivait encore sur Terre. Ca l'avait beaucoup marqué. Il aurait aimé être un poète.
    Pourquoi un boomerang ? Parce qu'un boomerang revient toujours au point de départ. Au point de départ, Pinocchio avait été heureux. Il l'est toujours ! Mais il lui manque quelque chose, il ne sait pas trop quoi, un petit rien qui fait de grandes choses...
    Il prit une grande inspiration, se réveillant de sa torpeur un peu triste.
    S'il lui avait demandé s'il y avait un endroit qu'elle aimerait voir, c'est parce que c'est plus facile si on veut se lâcher. Il faut un endroit où personne ne nous connait. Où on ne pourra pas craindre le jugement, l'avis, les regards et les mots des gens. De plus si on va quelque part où on n'est jamais allé, la découverte de nouvelles choses, l'émerveillement de l'inconnu exciterait et serait donc plus... et bien pour reprendre ses mots, "plus libérateur." Mais il ne savait pas trop par contre si elle serait effrayée à l'idée de voyager avec un inconnu comme lui. Si au moins il était normal. Et puis pour une telle affaire, toute une journée était à prévoir, peut-être n'avait-elle pas le temps. Peut-être même ne voudrait-elle pas d'une telle extrémité ? Peut-être n'aimait-elle pas voyager ?
    « EH ! »
    Pinocchio eu un mouvement de coude involontaire après l'exclamation de son familier. Surpris, il lui lança un regard noir alors que sa main était toujours tendue dans le vide.
    « Déstresse mec, un aussi joli garçon que toi ! Qui n'aurait pas envie de le suivre ? »
    Le chauve maugréa intérieurement, il n'aimait pas quand Bob se fichait de lui. L'animal faisait toujours référence à son physique particulier pour l'embêter. Ca marchait à tous les coups.
    Il replanta son regard dans celui de la jeune femme. Il venait d'avoir une attitude un peu flippante et il s'en rendit compte. Il se braqua un peu. Il disait des choses sans sens à part pour lui, il devenait triste et ému, puis effrayé, puis agacé... tout ça en espace d'un instant alors qu'AutreMonde n'avait pas changé pour expliquer ces changements. Il finit par lentement baisser la main et le regard un peu gêné. Le sourire avait toujours été son échappatoire. Il désigna l'escargot.
    « - Pardon, c’est lui il… il m’a fait peur et… »
    Il rentra les mains dans ses poches et fixa sa chaussure vernie. Il le regarda un long moment avant de risquer un œil vers la magnifique boîte. Elle devait le prendre pour un fou. Elle devait avoir peur.



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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mar 15 Nov - 18:17

- C’est parfait. Faite-moi confiance et au pire vous n’aurez qu’à dire que je vous ai enlevé et menacé de chatouilles si vous ne faisiez pas ce que je vous demandais. »

Je me mordis les joues pour ne pas exploser de rire. Dit comme ça, sa petite phrase était vraiment drôle : un pince-sans-rire est, la plupart du temps, plus amusant que quelqu'un qui n'en peu plus de rire....m'enfin bref, le moment ne se prêtait pas à l'amusement : mon premier cours allait bientôt commencer. Je saisis ma boule de cristal et, sans regarder, ce qui était déjà une prouesse, recherchais le numéro de Chu' et rédigeais un bref message. Je ne viens pas aujourd'hui. Malade.
Il comprendra, et puis de toute façon, je n'avais pas pris mes trois jours de congé du mois dernier...
Alors que je comptais les jours en essayant de me souvenir quand était la conférence avec les Elfes
( la semaine prochaine. Non. On était quel jour déjà ? Six plus trois ça fait...) Pinocchio se retournait d'une façon étrange, comme s'il parlait...au mur derrière lui.
Je pinçais les lèvres, un peu perdue, avant de voir apparaître des plis louches sur sa belle veste.
Quelque chose...quelque chose montait dans son dos ! Je haussais des sourcils, essayant de ne pas y faire attention : rien ne me paraissait plus vraiment bizarre avec lui.
Il se retourna dans ma direction, alors que je rectifiais ma position, oscillant d'une jambe sur l'autre, ne sachant pas trop si je devais me lever, rester assise ou me mettre à parler à mon dos aussi.

Se cambrant sur sa chaise, en équilibre instable, il ne faisait plus vraiment attention à moi.
Je jetais un regard étonné au barman, qui me regardait d'un petit air mutin. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi il me détaillait comme ça de la tête au pieds, mais quand mon professeur se leva brusquement, je l'oubliais. Il passa avec maladresse devant moi, et j’aperçus un escargot, suspendu au milieu de son dos, se balançant au rythmer de ses pas.
Je décidais de ne pas relever.

Il freina, puis me laissa passer devant, comme s'il se rappelait subitement un ancien cours sur la galanterie. C'était la première fois qu'on me laissait passer avec ce charmant sourire.
Un peu gênée, je m'appuyais au bar tendis que mon professeur payait mon café.
Une fois qu'on fut dehors, je m’aperçus que la pluie avait cessé, laissant les trottoirs humides et
les passants trempés. Partout des sorts ou des parapluie hésitaient à s'éteindre ou à se fermer.
Les tapis bus éclaboussaient la chaussée en passant dans les flaques, et la bonne odeur de la nature après la pluie flottait dans l'air autour de nous. C'était pour ça que j'aimais cette ville.
Parce qu'on se serait cru à la campagne. Il y a avait beaucoup de parcs, et la magie aidant, les fleurs et les animaux trônaient de partout. Ca me rappelait que Mani' était restée chez moi : elle s'était prise d'allergie pour se pauvre Chu', qui y voyait vraiment une attaque personnelle.
Non mais pas du tout ! C'était simplement que le Haut Mage avait essayé de mettre au point une expérience sur elle, et que depuis elle maintenait une distance prudente entre eux.

« - Est-ce qu’il y a… un endroit où vous n’êtes jamais allée et que vous aimiez visiter… ? Non d’abord, votre journée est libre ? Non, plus important encore : Vous êtes… ? » Fit le jeune honne en s'arrêtant devant moi.

Il leva le bras vers moi, hésitant, n'osant ni me toucher ni s'approcher vraiment.
Peut être était il effrayé ? Peut être se demandait il pourquoi il était venu me voir à ma table de café ? Il regrettait sûrement, cherchait sans doute un moyen de s'éclipser. Peut être me proposerait il de nous revoir un autre jour. Comme dans les films à l'eau de rose, je lui donnerai mon numéro de boule, et il ne rappellerait jamais.
Je ne savais pas trop pourquoi, mais la perspective d'être un poids pour lui me gênait. Pire encore, je voulais tout faire pour ne pas l'être.
Mais il n'avait pas l'air de vouloir me laisser tomber. Il parlait vite, comme s' il voulait que je sois totalement accaparée par ses paroles, comme s'il ne voulait pas que je sois distraite par les bruits de la rue humide.

- Chamidontrachiva. Vous pouvez m'appeler comme vous le voulez, c'est un peu long. J'ai pris ma journée.


Alors je repris un peu confiance en moi, et me mit à réfléchir sur le lieu où j'aimerais aller.
Je me souvenais très bien de ce jeu, ce....portait, que je faisais quand j'étais plus jeune avec une amie humaine, première sortcelière au Lancovit.
Elle avait des habitudes bizarres, trimbalait dans ses poches des objets farfelus, que seuls des terriens auraient pu inventer pour se compliquer la vie ( j'avais découvert l'ouvre boîte *avec ravissement, et elle me l'avait échangé contre le vieux tapis de mes parents. Bon, comme nous n'avons pas de boîtes de conserve en AutreMonde, ça ne me servait pas à grand chose, mais je l'avais installé sur ma commode avec fierté.)
Je me souvenais, donc, d'un jeu humain qu'elle m'avait un jour proposé :
«  Si j'étais un objet, je serais.....si j'étais un animal je serais....si j'étais un lieu, je serais..... »
Et on riait toutes les deux des réponses de l'autre, sans vraiment nous préoccuper de l'aspect psychologique des test.
Si j'étais une boîte remplie de souvenirs, j'irais....
Je n'avais pas envie d'aller dans des lieux que j'avais déjà visité. Je n'étais pas là pour observer des choses de connues et de prévisibles. J'étais dans le peut être, le suspens, l'aventure.
Il fallait que je trouve un lieu que je n'avais jamais visité auparavant.
La Terre.
C'était une planète entière que je ne connaissais pas du tout. Je n'y avais jamais mis le début du commencement d'un doigt de pied.
Et comme pour cette expérience nouvelle, nous n'avions besoin ni de magie ni de secrets, la Terre me paraissait très appropriée.
Mais...la Terre n'était elle pas un peu grande ?
Mon amie me disait toujours que, même si AutreMonde était immense par apport à elle, la Terre se composait d'une multitude de grands pays.
Me revint alors en mémoire un magazine*, brillant et lisse, au feuilles de papier très fines et hautement inflammables. Une publicité s'étalait sur la quatrième de couverture.
Elle parlait d'une agence de voyage terrienne, le genre de publicité qui présente un couple ô combien heureux d'avoir trouvé un train pas cher pour la destination de leur rêve, et qui étale cette béatitude teintée d'émerveillement total devant un appareil photo.
Un gros, en arrière plan , s'étalaient des noms de pays ( enfin je n'étais pas certaine qu'ils soient tous des pays ) terriens : Tokio, Paris, Bruxelle, New York, Miami *etc....
Et puis il y avait aussi d’énorme bulding qui m'avaient rappelé les cités dragonnes au nord du Dravouglispenchir.
C'était là que je voulais aller.

- Je ne suis jamais allée...à...New York ? Ca vous dirait ?


Je ne savais pas du tout si ma prononciation était bonne. J'appuyais le «  Yo » et prononçais «  Néuou »
Au même moment, mon professeur, fit un geste brusque sur le côté, une sorte de sursaut saugrenu.
Je fis instinctivement un pas en arrière, avant de découvrir un escargot – l'escargot cascadeur – sur son épaule.

« - Pardon, c’est lui il… il m’a fait peur et… » fit il en le désignant piteusement.

Puis il baissa les yeux, rougissant un peu.
Alors il leva un regard craintif vers moi. Je lui fis un joli sourire.

- Monsieur l'escargot, je suis enchantée de faire votre connaissance...

Puis je fis une petite révérence, pas vraiment moqueuse mais simplement amusée, autant pour détendre Pinocchio que pour me montrer polie envers cet étrange familier.


* en langue terrienne dans le texte oO


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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Ven 25 Nov - 18:39

    Il était une fois un jeune escargot répondant au charismatique nom de Bob. Son corps gluant et immaculé resplendissait aux soleils et sa coquille soyeuse en spirale verte immense, invitait les autres gastéropodes à venir le rejoindre. Bob, avait une affection toute particulière pour les humains, si grands, si beaux, si puissants. Et il avait juste en face de lui, une charmante courtisane de toutes les couleurs.
    Il se dit que la robe rouge et les boucles anglaises pourraient peut-être lui aller. Peut-être. Oui, l'écarlate était une couleur qui lui correspondrait.
    En écoutant les pensées de son familier, Pinocchio sourit tout doucement alors qu'elle s'inclinait. Pour lui le rouge ce n'était pas, comme pour la plupart des gens, du sang, du feu et des pleurs. Pour lui c'était les roses, le rouge à lèvres d'une femme et les cerises. Et pour Bob, la passion et l'amour (mais ce dernier était trop fier pour avouer son penchant romantique).
    C'était assez surprenant de voir ces deux êtres ainsi liés. On se demande parfois comment la Providence a-t-elle bien pu décidé de les joindre. « Elle devait être bourrée ce soir-là. »Dans un sens, elle a bien fait. Pinocchio est un enfant de trente ans trop perdu pour pouvoir vivre seul dans un environnement aussi hostile et particulier qu'Autre-Monde. Il est trop candide, trop insouciant. Dans toutes les mers d'insouciance règnent les requins de la vie (caractérisés par des cigares), c'est bien connu. Pinocchio avait besoin (et a toujours besoin) de quelqu'un pour le guider, le diriger, l'orienter. Esquiver les pièges et les arnaques, le protéger de mal pourtant banal mais qui le feraient trop souffrir, lui. Pinocchio est un enfant fragile.
    Mais il a aussi un côté... dérangeant. Lui aussi peut faire mal.
    Son insouciance se mêle à l'ignorance. Pinocchio est quelqu'un qui ne sait pas mais qui avance. Sans savoir. Sa maladresse au début touchante, peut vite devenir blessante. Il susurra ses mots sans se douter de l'impact et du tourment qu'ils pourront engendrer.
    Mais Pinocchio ne pense pas à mal. Pinocchio ne sait pas ce que c'est. Alors on lui pardonne. Malheureusement, on lui pardonne.
    « - Chamidontrachiva. Vous pouvez m'appeler comme vous le voulez, c'est un peu long. J'ai pris ma journée. »Pinocchio tiqua. Chez lui, généralement, ça veut dire que son regard se fixe, son vert s'assombrit légèrement, mais son sourire s’agrandit. Ce n'est pas une gêne ni un problème, juste un intérêt soudain, une intrigue.
    « -Chamidontraaaa… ouh ! Pas de chez nous ça…»Le cordonnier sourit encore. Ca lui faisait penser à Banakafalata, nom un peu ridicule -qui lui faisait penser à banane- d'un petit cyborg rouge à épines noires qui voulait absolument qu'on l'appelle par son prénom et juste son prénom. Pas de diminutif.
    Il fronça imperceptiblement les sourcils. Chamidontrachiva. Ca avait de drôle de sonorités. Mais il faudrait être vraiment bête ou s’appeler Pinocchio pour ne pas savoir d'où ça vient. Bob lui fit remarquer qu'il connaissait une planète avec ce genre de sons... et la lumière fut au coin du monde. Il prit une grande inspiration et re-sourit une énième fois. Ce n'était pas tous les jours qu'on rencontrait un dragon.
    Qui aurait cru que la femme qu'il voyait tous les matins depuis une semaine venait du Dranvouglispenchir ? Qui aurait cru que cette humaine qui n'en est pas une et à l'apparence frêle, puisse devenir une véritable machine destructrice de plusieurs mètres ?
    Il n'avait connu qu'un seul dragon jusqu'à ce jour. Un vieillard. Il avait une maison de vacances à Gandis, pas loin de son atelier. En fait c'était un ancien hôtel et il y passait au moins deux fois par an. Attiré par la renaissance du jardin et de la bâtisse particulière qui avaient été abandonnés si longtemps, Pinocchio avait fait connaissance avec son nouveau voisin et parlé de tout et de rien. Il en avait appris beaucoup sur les dragons grâce à ce vieux (sage ?).
    « - T’emballe pas, peut-être que oui, c’est une dragonne, mais peut-être que non… »
    Bob était aussi là pour le tempérer. Oui, Pinocchio avait besoin de Bob. Mais ce que l'escargot ne savait pas, c'est que son maître se posait beaucoup de questions à son sujet. Peut-être n'était-ce pas ainsi que le gastéropode avait envisagé sa vie...
    « - Je ne suis jamais allée...à...New York ? Ca vous dirait ? »
    Pinocchio voulut retenir son rire. C'était adorable ! Elle n’arrivait pas à le dire, c'était touchant. Il l'aimait bien cette Chamidontrachiva. « On va l’appeler Chami’ hein… »
    Pinocchio remarqua le changement de ton soudain de son familier. Ce dernier lui exposa ses dérangements.

    Tu ne trouves pas ça étrange ? Tu viens de New-York et où veut-elle aller… ? A la grosse pomme ! Quelle surprise. Fais attention à elle. Elle a l’air sympathique mais fais attention. Plus c’est joli, moins c’est gentil. Mais évidemment tu ne m’écoute pas. Quand tu es content, quand tu te trouves un nouveau jeu, tu sautille comme le mioche que tu es et tu fais tout pour y jouer. Tu cours jusqu’au nouveau parc d’attraction, les étoiles pleins les yeux. C’est dangereux ? Mieux encore ! C’est plus excitant !
    Arrête Pino’, ne l’emmène pas là-bas, je sais ce que tu as en tête. N’y vas pas. Ca te fera du mal s’il s’avère que c’est une pauvre conne qui se fout de toi. Ecoute-moi bon sang ! Ok d’accord, admettons qu’elle soit aussi blanche qu’une brebis : ce sera elle qui aura mal. Pinocchio, t’es un peu comme un rêve. Quand t’es là, quand on te vit, on t’aime. Mais quand tu disparais, tu manques aux gens.
    Sauf qu’en même temps, il voit tous les défauts de ce « rêve. »
    Alors on finit par vouloir quelque chose d’indésirable. Les rêves ne deviennent jamais réalité, ils ne le peuvent pas (contrairement à ce que tu penses). T’es 2 + 2 = 5 et tu sais quoi ? T’es chiant. On ne désire pas une erreur merde !
    Ecoute, je sais pas ce qu’elle va penser de toi mais si au final, elle pense comme les autres, je t’en prie ne la revois plus. T’es capable de tout dans ta connerie, du meilleur comme du pire. Mais cette bêtise là non. Je sais à quoi tu penses. Et je te dis non.
    Les rêves sont destructeurs. Ils ne doivent pas être réalité. On les désire tellement malgré leurs défauts (et Dieu seul sait combien tu en as). Vouloir l’indésirable, ce qui ne devrait pas être accessible, ce n’est pas bon.
    N’y vas pas.


    Mais il y va. Il est content, il a trouvé un nouveau jeu, il sautille comme le mioche qu’il est et il ferait tout pour y jouer. Il courrait jusqu’à ce nouveau parc d’attraction où règne la Statue de la Liberté, les étoiles pleins les yeux. Dangereux ? Mieux encore ! C’est plus excitant !
    Pinocchio avait écouté son familier jusqu’à ce qu’il se mette à parler de lui. Il ne savait pas si l’escargot avait raison et il ne voulait pas le savoir. Cependant, il y avait un point sur lequel l’animal avait faux et il en était sûr. Il regarda un instant le bleu des yeux de la (en théorie) dragonne et sourit. Non, c’était quelqu’un de bien, de gentil.
    « - Je l’aime bien. » Pensa-t-il. « Tu ne la connais pas ! » ; « - Je l’aime bien quand même » ; « - Tu es con. » ; « - Je sais. »
    Malgré l’énervement de Bob, il n’y avait aucune amertume dans les réparties de Pinocchio. Il savait que le petit truc gluant avait simplement peur. « Oh ! »
    C’est alors, avec un calme surprenant après un discours pareil de la part de son familier, qu’il prit une grande inspiration et dit :
    « - Va pour New York alors ! »
    La Porte de Transfert n’était pas très loin, ils pouvaient y aller à pied. Ils discutèrent en route, il apprit qu’elle était l’assistante d’un dragon nommé Chu’ (Ch’u ?), qu’elle avait une grenouille pour familier (ils discutèrent longtemps sur les compagnons d’âme) et elle, apprit ce qu’elle devait savoir déjà grâce à la lettre, c’est-à-dire qu’il était cordonnier à Gandis.
    Ils arrivèrent donc à la Porte. Ils se turent devant l’entrée, comme si on leur interdisait tout bruit. Ils entrèrent.
    L’endroit ressemblait fort aux grandes banques, avec leur hall marbré, leurs hommes costards-cravates. « Pino regarde ! (HJ : 8D) »
    De jolies jeunes femmes affriolantes voletaient de partout avec leur tailleur ultra serrés, leur chemisier qui ne demande qu’à être déboutonné et leur soutien-gorge dégrafés. La « liberté » de ces femmes étaient bien connu et il y en avait partout. Même au Lancovit qui est pourtant reconnu pour son esprit serein et respectable. « Pino, tu as mauvais goût. »
    Car oui, le grand chauve bigleux ne les aimait pas trop malgré leur 36. Elles étaient trop sérieuses. Il n’aimait pas les gens sérieux.
    « -Puis-je vous aider ? »
    Un homme surgit de l’ombre, les mains jointes en un signe d’éternelle servitude tant que l’argent affluait. Ses grands yeux noirs brillèrent un instant en remarquant Chami’ et son sourire s’agrandit. Il était petit mais mince et avait un certain charme en plus d’être beau. Il fallait être parfait pour survivre dans ce métier. Il semblait bien réussir. L’intérêt de l’homme pour la petite poupée amusa Pino’. C’est vrai que l’on pouvait facilement tomber sous son charme. Encore plus quand on est dans un bus.
    Le jeune duo suivirent l’employé jusqu’aux tapisseries, le cercle parfaitement tracé au sol. C’était chic et gracieux mais Pinocchio ne s’en souciait pas. Il se mit au centre avec Chami’ et lui saisit la main en indiquant la destination. Le rythme risquait rapidement d’accélérer. Mais la vitesse était elle aussi, plus excitante.
    Ils se retrouvèrent dans une salle similaire à celle où ils étaient à l’instant. Il y avait quelque chose de plus humain et moins magique qui rendait l’atmosphère de l’endroit plus agréable pour Pinocchio. Nostalgique. Il sourit bêtement en remarquant les lumières qu’il connaissait si bien de la ville. Enjoué il se retourna sur Chami’. Il inspira comme devant un plongeoir de plus de 4m de haut :
    « - Prête ? »
    Il n’attendit pas la réponse et l’emmena. Il avait tout prévu. La journée allait être resplendissante bien que le ciel s’alourdissait en nuage. Les panneaux publicitaires qui s’étalaient sur toutes les façades, ici Marylin, là-bas Barak. La ville était magnifique. L’éclat arrogant de son flambeau illuminait les rues, surprenant les fourmis jaunes que sont les taxis de New York, avec leur chapeau rectangulaire et leur sourire content. Les édifices grimpait jusqu’au ciel et pensait pouvoir toucher l’unique Soleil. En le voyant, il se souvint que Chami’, originaire d’Autre-Monde, était habituée à en voir deux.
    « - Je me suis souvent demandé qu’est-ce qu’il se passerait si l’un des deux Soleils mourrait… genre, comme une ampoule qui grille… »
    C’était vrai, il se l’est déjà posé cette question. Pinocchio se posait toujours toutes sortes de questions. Il n’en oubliait jamais aucune, se disant qu’il trouvera bien la réponse un jour. Il était même fier quand il y arrivait seul.
    Il ne se posait jamais les mêmes questions que tout le monde, celles importantes. Comment va la bourse ? La santé du gamin ? Le trafic sur les routes ? Oui c’était important. C’est ce qui régit nos vies et ce serait bien sot de tenter d’affirmer le contraire. Celui qui s’oppose à ces questions en rugissant juste pour se distinguer de la foule en est un. Pinocchio lui, n’était pas idiot. « ‘Fin si quand même… un peu quoi… » Les pensées dites futiles sont mises en avant chez lui, mises au premier plan. Alors vous, qu’est-ce que vous allez tenter de faire ? Vous allez chercher, dans ses phrases originales non dénuées d’une certaine poésie, où se cache la profondeur de ces pensées. Bien surpris que vous êtes en remarquant qu’il n’y en a pas…
    La profondeur chez le cordonnier est une notion particulièrement aléatoire. En fait, le cordonnier lui-même était un homme aléatoire. Parfois il dit sans réfléchir, parce que ça vient, ça passe. A d’autres instants, il nous lâche une phrase similaire. On pense là aussi, que ce n’est qu’une jolie phrase. Pas de réflexion complète derrière. Puis après il nous en sort une autre, puis encore une autre. On sent que c’est naturel chez lui. Comme quand vous regardez la forme des nuages et que vous dites les premiers mots qui vous viennent à l’esprit. Alors il continue, il dit ses phrases étranges, l’une lui faisant penser à une autre, puis encore une autre qui s’avère être une situation, une autre, un constat, un autre, une conclusion, un autre, un avis…
    Et il continue. Et plus il continue à passer ses paliers, plus il avance dans sa pensée. Une pensée maladroite, bancale, à laquelle il manquerait quelques bases. Pinocchio est intelligent, mais cette intelligence est restée et est toujours, dans l’ombre. Il ne s’en sert pas. Pourquoi ? On ne sait pas. Pas par flemmardise, ça ne lui ressemblerait pas.
    On ne peut pas forcer un corps à courir le marathon alors qu’il est habitué au canapé. L’intelligence c’est pareil. Mais cette « intelligence » s’est quand même développée avec son arrivée sur Autre-Monde. Quand vous arrivez dans un nouveau monde, il faut parfois tout réapprendre. Pinocchio réfléchie comme un terrien (et encore, un terrien lui-même ne pourrait pas forcément suivre son raisonnement tellement il est boiteux). Il lui a fallu ingérer la pensée Autre-Mondienne, ce qui fut assez laborieux et il a certaine lacunes encore, malgré ses 15 ans d’ancienneté sur le sol magique.
    Alors, comme vous devez tout réapprendre et que vous êtes perdu, vous essayez de tout avaler et de digérer (avec beaucoup de peine, oui). Sauf que vous ne savez pas ce qui est le plus nourrissant alors vous prenez tout, absolument tout. Même ce qui est inutile.
    Ce fut le cas pour Pinocchio. Perdu, il a essayé de tout prendre. C’est ce qu’il a fait et il a (au bout de 15 ans) enfin digéré le tout : il a utilisé ces connaissances et a cherché à tirer un intérêt.
    Mais si ça peut rassurer (généralement, ça fait l’effet inverse) : Pinocchio dit beaucoup de paroles en l’air. Au grand dépit de son familier.
    Il la promena longtemps, les rues étaient bondées, il devait par moment jouer carrément des coudes pour se frayer un chemin.
    Il s’apprêta à héler un taxi quand il vit une chose extraordinaire…


    Sa tête reposait tranquillement sur le siège en cuir beige, un sourire sur les lèvres, les yeux fermés et les mains jointes sur le ventre. En face de lui, un volant blanc et un pare-brise resplendissaient. La toiture basse, on pouvait se sentir un peu à l’étroit. Conçue pour n’accueillir seulement que deux personnes, la voiture était vraiment petite (mais elle a un coffre !). Et il faisait assez chaud, la climatisation étant quelque chose que l’ancien propriétaire ne semblait pas avoir connu et c’était compréhensible car il reposait, en ce moment même, dans un modèle véritable de collection.
    Comme tous les gamins, Pinocchio avait pour passion (après les chaussures et les origamis), les voitures. Plus elles étaient vieilles, plus elles avaient une histoire, plus elles lui plaisaient. Et il venait de mettre la main sur une perle.
    Il l’avait trouvé en occasion, il l’a loué pour quelques heures. Juste quelques heures et pourtant, elles feront partie des plus belles de sa vie. Une MGB de 1972 ! Qui marche ! Pinocchio était heureux…
    Très fier, il avait baladé Chami’ en faisant parfois le guide touristique. Lui racontant aussi comment il jouait dans certains quartiers quand il était gosse, aux policiers et aux gangsters. Il n’avait pas clairement précisé qu’il avait d’abord vécu ici. Emporté, il avait oublié que ce n’était pas forcément une évidence pour la (en théorie dragonne). Mais elle devait avoir compris. Peut-être s’en inquièterait-elle ? En y réfléchissant plus, il n’y avait pas vraiment de raison… pas dans l’esprit du chauve en tout cas. L’idée qu’il puisse être dangereux n’effleurait jamais son esprit, même avec tous les discours enflammés de Bob.
    Ils avaient discuté assez longuement ce qui surpris Pino. Il n'arrivait pas à alimenter une véritable conversation avec les gens, ils étaient généralement mal à l'aise. Alors pouvoir ainsi discuter "sérieusement" avec quelqu'un était agréable, ce qui rendait cette fameuse personne agréable.
    « - Chami’… ça ne sonne pas particulièrement lancovient… » dit-il d’une voix pensive…
    Maintenant il attendait patiemment que sonne l’heure. Et le carillon vibra assez rapidement…
    Il se décida à sortir qu’après un long exercice de détente. Excité comme une puce, s’il venait tout guilleret, ça ne fonctionnerait pas. Il reposa son regard sur le volant. Dans quelques instants, il y reposerait ses mains. Il sourit et sorti.
    Il était seul, Chami’ n’était plus là. Les mains dans les poches, il avançait tranquillement. Serein alors que son cœur battait la chamade. Le trac bien présent, comme celui du comédien avant de monter sur scène. Il était dans les rues commerçantes et il voyait de tout. Un restaurant italien, un fromager, un bijoutier (s’il n’avait pas été cordonnier, c’est ce qu’il aurait fait) et même un magasin chic de vêtements. Il regarda un instant les vestes et accessoires dans la vitrine. Il y avait un joli nœud papillon, marine et satiné. Mais une vendeuse vint le prendre et Pinocchio ne put plus le contempler. Il regarda un instant avec un petit sourire poli celui désolé de l’employée, qui avait remarqué son intérêt quand un mouvement attira son attention. Une jeune femme, la vingtaine pas plus, essayait un vêtement qui lui allait à ravir. Ses cheveux ténébreux tombaient sur ses épaules frêles et désirantes, ses yeux bleus de brebis se promenaient sur le miroir et ses longs doigts de pianiste (en jouait-elle ?) se promenaient sur son corps, laissant deviner les courbes intéressantes d’un corps féminin, les hanches graciles, la poitrine ronde et ferme en forme de poires, et une taille fine de guêpe. Pourtant, une aura de candeur et d’enfantillage, à l’instar de cette silhouette enivrante, se dégageait de cette jeune femme. Elle tourna sur elle-même et on pourrait croire sentir l’odeur de bonbons, de tartes à la crème, de chouquettes et de chocolats, qui se détacherait de ses cheveux. Avalant sa salive, il entra dans la boutique. Se jouant finement de la vendeuse qui était venu l’accueillir, il s’avança jusqu’à la semi-adolescente du miroir. Il leva deux bras et dit d’un air hésitant, se bloquant, ne sachant pas comment l’aborder.
    « - Chami’… »


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Par Le Revelus :
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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mer 14 Déc - 18:13

New-York.
Je ne connaissais rien de cette ville, mais au fur et à mesure que Pinocchio m'en faisait faire le tour, me baladant dans des ruelles si petites que je craignais pour la sécurité de la voiture louée pour l'occasion, dans des avenues si grandes, bordées de buldings si hauts, je tombais amoureuse.
Tout me plaisais et m'émerveillait dans cette ville terrienne. Les reflets que faisait le soleil sur les vitres opaques des voitures et des immeubles. Les habits terriens des passants traversant la rue. L'alternance hypnotique du rouge, vert, jaune des feux. Les doigts de mon professeur, caressant le volant de la jolie voiture de collection. Les mains plaquées contre les vitres, je plissais les yeux pour tout voir, tout sentir. Excitée comme une enfant, j'en oubliais presque notre objectif premier, qui était mes leçons, mais était-ce bien grave ? Rien que cette visite aurait justifié une journée de congé improvisée.
Pinocchio parlait beaucoup, en agitant les mains, ses yeux ne se fixant jamais sur un point unique plus de cinq secondes. Il me parlait de tout. De l'histoire des quartiers, des raccourcies, des constructions, de ses souvenirs, je crois, car il était maintenant évident que mon professeur avait vécu ici. Je me posais beaucoup de questions sur cette vie, sa vie lointaine et terrienne donc je ne savais rien. Mais vu que je ne savais rien non plus -ou du moins pas grand chose – de sa vie actuelle sur AutreMonde, ce n'était pas bien dramatique.
Pourtant, j'avais l'impression étrange de le connaître depuis toujours, ce bazardeur extraordinaire accompagné de son escargot cascadeur.....souvent, quand il s’attardait sur un sujet qui a l'air de lui tenir à cœur, et quand je voyais bien qu'il avait les yeux un peu nostalgiques, ce sentiment de malaise revenait un peu à la charge. Il me soufflait tranquillement : «  c'est un inconnu. Tu t'accroches trop à lui, et tu sais seulement pourquoi ? Non, tu ne sais pas, et c'est bien cela le problème. Parce que quand cette journée sera finie, tu seras bien malheureuse, tu te mordras les doigts d'avoir suivit son délire. Car soyons clair sur ce que tu es en train de faire : c'est n'est ni plus ni moins un délire de passage. Tu vas être triste, et il ne faudra pas aller te plaindre après que.... »
Chut.
La voiture s'arrêta devant une vitrine luxueuse, dotée d'une immense enseigne dorée et noire, dont les lettres entrelacées criaient le nom d'une célèbre marque terrienne dont j'avais déjà attendu parlé.

Exposés dans la vitrine brillaient des sacs à main en peau de serpents, des robes au prix exorbitant et des bijoux que personne, à part l'Impératrice peut être, n'oserait porter sans rougir.
Je compris alors que notre première mission commençait.



Je poussais la porte de la boutique en essayant de me donner le plus d’assurance possible. Derrière moi, je sentais le regard de mon professeur vissé sur ma nuque. Puis le j'entendis le bruit que fis la voiture en avançant se cacher un peu plus loin.
J'avais tout le temps devant moi, mais le traque qui me martelait à présent les côtes me poussa à vite m'avancer vers le milieu de la pièce.
La clime marchait furieusement, et je sentis vite la rougeur de mes joues se dissiper. La boutique était déserte. Je joignis mes mains derrière mon dos pour cacher leur léger tremblement. Une vendeuse vêtue chiquement d'un tailleur et d'une jupe noire s'avança vers moi, tout sourire.
Peut être pensait elle que je n'étais pas digne d'essayer, et surtout d'acheter quoi que ce soit dans sa boutique de luxe...
Mais je ne me voyais pas faire demi tour pour frapper à la porte de notre voiture. Non. Et puis Pinocchio n'allait pas tarder à arriver. Avec lui à côté de moi, je me sentirais mieux.

- Bonjour, j'aimerais beaucoup essayer une de vos robes.

La jeune femme me demanda de la suivre, longea les multiples portants dorés et sélectionna pour moi quelques dizaines de cintres.
J'accompagnais ses recherches par de légers murmures, des « oh oui, celle là est très jolie » ou des « j'aime beaucoup le style de celle ci », et rapidement je fis mon choix.
Je me glissais dans la cabine d'essayage et enfilais fébrilement la robe qui était douce au toucher.
Je sortis de ma cabine d'un pas lent, le regard de toutes les vendeuses fixé sur moi.
Le miroir à pieds se tenait, imposant, face à la rue. Je m'avançais et me plantais devant lui.
J'avais choisi une robe courte, rouge, possédant une large ceinture faite de dentelle noire. Mes mains, moins tremblantes déjà, se fixèrent à ma taille, que la robe ceinturait à la perfection.
Mon reflet dans le miroir esquissa un petit sourire. Je commençais à y prendre plaisir.
Après plusieurs posent, je demandais à la vendeuse son prix.
Elle me l'annonça tranquillement et je convertis le tout en crédit-muts. J'avalais ma salive. J'allais voler une robe qui aurait pu nourrir la moitié de la population de cette ville pendant trois semaines...
C'est alors que la porte s'ouvrit sur Pinocchio, annoncé par un léger carillon.
Je ne me tournais pas vers lui, les yeux toujours fixés sur le miroir.
Il se posta derrière moi, et je pouvais voir sa veste à carreaux à côté de mon reflet.

« - Chami’… »

J'inspirais à fond, bloquais ma respiration. Je m'interdis de lui sourire et baissais les yeux.

- C'est maintenant que tu arrives ? Et je ne veux même pas te demander où tu étais !

Puis je me tournais brusquement vers la vendeuse.

- Mademoiselle, je pense que je ne vais pas laisser à mon mari une autre occasion de se plaindre pendant des jours et des jours, et que je vais reposer cette petite merveille...


Et je gratifiais à mon acolyte un regard lourd de reproches. Totalement prise dans le jeu, je n'attendais qu'une chose : sa réponse pour pouvoir le continuer.


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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Sam 17 Déc - 15:38

    « - Alors ? Elle est belle là ou elle est encore trop brune ? » ricana amèrement l’escargot qui n’aimait définitivement pas la jeune femme.
    - Oh mais voyons ! T’es difficile franchement ! Regarde-la avec sa robe rouge et sa ceinture dentelée et sombre. Étrange qu’elle ait choisi celle-ci n’est-ce pas ? C’est la robe préférée des croqueuses de diamants tu sais.
    - Tu disais toi-même que ça lui irait bien !
    - Ben oui. Le rouge ça lui va toujours à…
    - La ferme. »
    La robe allait très bien mais le rouge eut tout à coup une connotation plus obscure dans l’esprit de Pinocchio. C’est vrai le rouge chez les femmes, c’est la couleur de la séduction, de la parfaite femme fatale. Et c’est vrai aussi que la jeune demoiselle en face de lui, dans cette robe courte et vermeille, était très attirante. Mais après les propos de Bob, elle ne le fut plus aux yeux du cordonnier. Ca l’agaçait toujours un peu quand le petit animal, ce si petit animal, réussissait en quelques mots à le refroidir. Il s’approcha encore, derrière elle. Il se vit dans le miroir à ses côtés. Sans le montrer, il s’adoucit. Elle continuait à avoir ce petit aspect irréel qui apaisait les alentours : les couleurs étaient toujours aussi belles mais leur vivacité moins agressive. Le vert uni de sa veste en velours ne jurait pas tant que cela avec sa robe écarlate. Très rapidement, la rigidité que les dires de Bob avaient installée en lui fondit. Le visage de Chami’ était trop calme, ses joues étaient trop roses et ses yeux trop grands pour qu’elle puisse être mauvaise.
    Bob soupira. Ca l’inquiétait beaucoup de voir combien Pinocchio était influençable. Les apparences pouvaient si bien le tromper que c’en était alarmant. Non. C’était toujours particulier avec lui. Disons plutôt que les apparences vivantes, pouvaient trop bien le tromper. Il se laissait avoir par les gens, par les animaux et autres races avec tant de facilité que Bob se demandait parfois s’il réussirait à survivre en AutreMonde.
    La petite bête blanche et verte coula un regard vers cette jeune femme qui s’amusait à jouer avec son compagnon. Il rit. Les bottes marron, ça ne le fait pas vraiment avec la robe rouge et noire.
    Ses mains attirèrent soudainement son attention, sans raison particulière, peut-être parce qu’elles étaient en mouvement. Bob grogna. Combien de joues masculines ces longs doigts blancs avaient-ils caressé ? Pour mieux tromper et gagner ? Peut-être n’avaient-elles pas toutes été masculines d’ailleurs…
    « - C’est monstrueux ce que tu imagines. » Pensa tranquillement mais avec franchise Pinocchio.
    « - Tu es d’une telle candeur, c’en est écœurant. »
    Le grand chauve ne tiqua pas face à l’insulte, il était habitué. Pour lui, Chami’ était quelqu’un de bien.
    Soudain, elle releva les yeux et leur immensité bleue et glacial déclencha un violent frisson tout le long de l’échine. Pino prit une grande inspiration alors que Bob se redressa « - Tu vois ? Qu’est-ce que je t’avais dit ! »
    Il serra les dents, durcissant un peu ses traits sans le savoir. Il aurait aimé que Bob ait tort.
    « - C'est maintenant que tu arrives ? Et je ne veux même pas te demander où tu étais ! »
    Il haussa les sourcils devant son ton. Ce ne fut alors pas difficile pour lui de jouer les désagréables. Il ferma les yeux. Ce n’est qu’un jeu. Il les rouvrit. Il ricana, d’un rire mauvais et sarcastique.
    « - Excuse-moi de ne pas me précipiter dans ces boutiques hors de prix et inutiles qui nous font un trou gigantesque dans le porte-monnaie. »
    Il ne parlait pas trop fort. Il savait combien un ton calme et même désinvolte pouvait faire mal. La politesse qu’on aiguise pour moins blesser devient l’arme parfaite. Il aurait voulu sourire tristement. Les mots pouvaient être monstrueux eux aussi. Il murmura. Il aurait fallu qu’il le dise plus haut et plus fort mais il n’était pas habitué à être déplaisant.
    « - Je te gâte trop, toi et tes parfums, tes robes, tes bijoux… »
    Il fourra ses mains dans les poches et baissa les yeux en regardant sa chaussure. Grommelant comme un enfant.
    « - C’est qui qui te les paye tes tissus ultra-chers hein ? Le Père-Noël peut-être ? »
    « - Ca c’était naze » ; « - C’est pas dit pour que ce soit drôle. »
    Elle le contourna et se dirigea fièrement vers la vendeuse en disant sèchement, le visage fermé.
    « - Mademoiselle, je pense que je ne vais pas laisser à mon mari une autre occasion de se plaindre pendant des jours et des jours, et que je vais reposer cette petite merveille... »
    Pinocchio fut un peu surpris par ce soudain lien qui les soudait mais ne le montra. Il releva la tête et tourna sur lui-même pour bien être en face d’elle. Il sourit avec amertume. Il ajouta avec plus de cran.
    « - C’est pas vraaai, tu vas te mettre à penser à autre chose qu’à ta petit personne ? Ton époux par exemple ? J’en suis flatté Majesté. »
    Son sourire s’effaça assez rapidement. Il ne jouait pas si bien qu’il ne le pensait. Il n’était vraiment pas fait pour blesser les gens. Il se rapprocha prestement et la saisit par les bras. Fermement mais en prenant garde à ne pas lui faire mal.
    « - Non ! Pardon j’aurai pas dû… »
    Bob fut franchement surpris. Il ne pensait pas que Pinocchio simulait si bien. Il aurait quand même pu voir que ce n’était pas totalement du faux mais ce n’était pas si mal qu’il ne le remarque pas. On pourrait presque voir en lui un mari impulsif et indélicat. L’escargot sourit, admiratif. Il le connaissait son Pino, depuis le temps. Il savait très bien qu’il était aussi doux qu’un agneau alors le voir jouer un rôle aussi différent pouvait être surprenant et même impressionnant…
    Par contre Chami’, elle, ne connaissait pas Pinocchio…
    Le gastéropode retrouva sa bonne humeur. Elle fuira. Elle aura peur de lui et de son originalité avant même qu’elle n’est eue le temps de lui faire le moindre mal. Le soleil terrien fut plus resplendissant et l’air plus bleu pour le minuscule animal.
    Le chauve au nœud papillon qui aurait aimé être un boomerang, lui, était plutôt anxieux. Cet exercice-ci, il aurait pu le faire plus tard. Après qu’elle l’eut connu un peu plus et ainsi, elle ne gardera pas une image aussi mauvaise de lui. Il se rassura en se disant qu’il n’était même pas 11h et qu’il avait toute la journée pour faire ses bêtises et lui montrer qu’il n’était pas forcément comme il le laissait transparaître en ce moment. C’était un jeu. Elle se doutait bien qu’il n’était pas un mari « impulsif et indélicat. » Du moins l’espérait-il… Il ne voulait pas la faire fuir…
    « - Ce serait bête de casser ton nouveau jouet. » ; « - Elle n’est pas un jouet. »
    Bob était particulièrement irritant aujourd’hui et Pino en eu vite assez. Il lui fit rapidement comprendre –pensivement bien sûr- qu’il avait intérêt à se taire désormais.
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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mer 4 Jan - 13:57

Mon professeur ferma un instant les yeux, l'air un peu choqué....à moins que mon imagination trop débordante tombe encore une fois à côté de la plaque....En effet, il les rouvrit, et fit un petit sourire sarcastique. La colère faisait briller ses yeux.

- Excuse-moi de ne pas me précipiter dans ces boutiques hors de prix et inutiles qui nous font un trou gigantesque dans le porte-monnaie.

Il parlait doucement, et j'en déduis qu'il ne devait pas vraiment avoir l'habitude de se disputer avec quelqu'un, ou de lui répondre d'une manière méchante. Je croyais pourtant qu'il avait l'habitude de ce genre d'escapade...
Mais je doutais qu'il trouve souvent des compagnes de jeux, et je pensais à cela sans me venter, mais les filles prêtes à suivre un parfait inconnu jusqu'au bout du monde ne couraient pas les cafés.
Ou peut être que si.
Mon ventre se serra un peu, et je ne compris pas pourquoi. Pensais-je donc que j'étais sa première élève ? Naïve que j'étais ! Je m'imaginais alors d'autres filles, plus grandes, plus belles, plus intelligentes que moi, entrant dans cette même boutique, la voiture louée s'éloignant au coin de la rue...Le coup de la dispute était donc si nouveau pour lui ?

- Je te gâte trop, toi et tes parfums, tes robes, tes bijoux...

Je baissais les yeux tandis que la vendeuse s'éloignait de quelques pas, indécise, ne sachant pas trop si elle devait reprendre la robe ou non, ou si elle devait nous laisser se disputer gentiment.

- C’est qui qui te les paye tes tissus ultra-chers hein ? Le Père-Noël peut-être ?

Je bougonnais une phrase inintelligible, passant les mains derrière mon dos à la recherche de la fermeture de la robe. La vendeuse avait apparemment fait son choix : prétextant une soudaine occupation, elle s'était dépêchée de rejoindre la caisse et tapait frénétiquement sur le clavier d'un luxueux ordinateur. Mais le bruit de ses doigts manucurés sur les touches ne réussissait pas à couvrir les battements de mon cœur.
N'arrivait pas à faire détourner les yeux brillant que Pinocchio posait sur moi. Soudain, plus gênée que mon rôle le demandait, j'avalais ma salive, essayais de faire un petit pas sur le côté, qui me sauverait sûrement de son troublant regard. Soudain il s'avança, sa main s'empara de mon bras nu. Était-ce à cause de cette soudaine proximité ? Ou bien parce que je me rendais soudain compte que le décolleté de mon vêtement était peut être un peu trop plongeant ? La faute de sa main qui se refermait, ferme, sur mon bras ? Ou était-ce tout simplement la faute de son regard, plus dur que jamais, qui éclipsait sa précédente douceur ? Mais en tout cas, alors qu'il le plantait dans le mien, je sentis un petit tremblement me traverser. Soudain, et pour la première fois depuis notre départ , je sentis que j'avais peur.
Peut être le sentit il aussi, car il s'exclama soudain :

- Non ! Pardon j’aurai pas dû...

La gorge soudain sèche, je me dégageait un peu trop brusquement de son emprise, et me réfugiais vers la sortie, plus proche de la vendeuse, qui nous regardait, complètement dépassée.
Je ne savais plus vraiment si notre jeu poussé ne m'avait pas fait oublier la réalité. Je pensais alors à la lettre qu'il m'avait donné, aux paroles que nous avions échangé. J'aurais aimé être un boomerang...Comment un jeune homme aussi gentil pouvait il me faire du mal ? Comment pouvait il seulement penser à me faire du mal ? Alors la peur s'en alla et je repris une contenance.

- C'est toujours pareil avec toi ! Tu ne fais attention à moi que quand il est question de ton porte-monnaie ! Et en plus tu me fais mal !

J’insultais un souffle de panique à mes paroles, et mon dernier mot parti dans les aigus. Alors je plissais les yeux, et je m’aperçus qu'ils étaient humides de larmes. Je ne savais pas que j'avais eu aussi peur....ou bien était-ce la pensée que j'avais eu sur les autres filles qu'il aurait pu emmener ici avant moi...mais en tout cas, même si maintenant j'allais beaucoup mieux, j'avais vraiment dû être déstabilisée.
Je pensais une secondes à les dissimuler, puis je décidais de m'en servir. Je me détournais de lui pour faire face à la vendeuse, toujours muette. Les larmes coulaient doucement sur mes joues. Je fis de nouveau face à mon « mari ».

- Je veux rentrer. Et ne t'avise plus jamais de poser les mains sur moi !
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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Ven 13 Jan - 20:03

    Elle lui passa sous le nez en se dirigeant vers la sortie. Il la regarda s'en aller. Une musique où un violon grave joue de ses cordes sur des petites notes valsantes ralentit le temps. Appartenant alors à un monde qui n'était pas celui ni d'ici ni d'aujourd'hui, Pinocchio regarda les hanches se balancer, la taille se courber de gauche à droite et les bras venir et aller, en cadence. Elle avait une démarche élégante. Elle était peut-être petite mais son corps ne manquait pas de finesse. Le buste restait bien digne et droit, pendant que ses jambes se mouvaient en emportant doucement des voiles soyeuses qui volèrent comme des papillons. L'espace lent donnait des lueurs terriblement langoureuses à cette avance pourtant anodine.
    Elle se retourna et lui jeta son regard gelél. Pinocchio était troublé et le montrait bien. Heureusement ce n'était pas inapproprié dans cette situation.
    La lumière baignait la boutique et noyait la belle brune. Malgré le soleil bien présent qui aurait pu l'assassiner de splendeur, il la voyait toujours. Avec son visage de porcelaine qu'elle porte comme un splendide masque, ses boucles sombres qui l'encadrent pour mieux vous rappeler la beauté de cette figure grave et ses yeux immenses, si grands que l'on y perçoit parfois les nuances d'une mer glacée.
    Pinocchio ne voulait plus la voir. Pourquoi rejette-t-il ce qu'il -tout à coup- désire ? Parce que ce n'est pas un désir inoffensif. La candeur qui le gênait parfois tout en le caractérisant semblait absente soudain, amputant Pinocchio d'un membre vital. Les méandres de l'esprit sont insondables, et inextricables surtout. Pourtant même dans ceux-ci des repères s'y glissent et Pinocchio venait d'en perdre un.
    « C'est toujours pareil avec toi ! Tu ne fais attention à moi que quand il est question de ton porte-monnaie ! Et en plus tu me fais mal ! »
    Il n’écoutait plus vraiment, il la regardait placidement pendant que les boyaux dans son encéphale se liquéfiaient. Coulant lentement contre les parois en chair, infiltrant les coins et salissant les cotes, ils descendaient jusque bas dans le corps. Une masse importante resta pourtant au centre, s’agglutinant en une quantité dorée et lourde, comme du miel.
    Le violon parti dans les aigus, se joignant à celui perçant de Chami’. Le petit mot qui avait causé tant de torts parti en flèche contre son ventre. Il explosa doucement contre lui, promulguant des ondes étranges contre ses muscles, comme des vagues, ébranlant l'amas dorée dans son milieu.
    Pinocchio serra fort les lèvres en voyant des larmes pointer chez la dragonne. Ainsi donc, il avait dit vrai. Bob risqua un œil dehors en comprenant qu’on pensait à lui. Il regarda de ses propres yeux les larmes couler. Il devint un peu inquiet en pensant à son maître : la magma dorée autour de son cœur trônait. Elle n’avait pas atteint l’organe, attendant comme religieusement un signal inconnu de tous.
    Cependant elle était bien présente. Il faudra certainement un certain temps avant qu’elle ne s’en aille. Bob la regarda avec flegme et ce qui ressemblerait à de la résignation : ce n’était qu’une inconnue. Et pourtant.
    « Je veux rentrer. Et ne t'avise plus jamais de poser les mains sur moi ! »
    Les yeux baissés, fixant un parquet parfait, il ne réagit pas. Il rangea ses mains dans les poches, attendant comme sa masse au centre, un signe inconnu de tous et même de lui. Chami’ était en effet une comédienne. C’est ce qu’il lui demandait après tout. Pourtant, la voir pleurer ne l’attrista pas et le déçu, au contraire. Si elle était capable de sangloter dans un jeu, prendrait-elle la vie comme un.
    La vie serait-elle une grande scène. Il ne se risqua pas à vérifier : il savait que son costume était parfait. Une belle femme. Terriblement belle femme. Son jeu d’actrice semblait aussi très délicat et bien manié. Elle réussissait, jusque dans sa marche, à faire tourner les têtes qui tomberont dans ses filets.
    Il ne releva pas les yeux, fuyant définitivement son regard. D’une voix qu’on ne pourrait pas vraiment qualifier de douce, mais qui n’était pas dure non plus, d’une voix sourde et défaillante il dit. Résigné. Ne t'avise plus jamais de poser les mains sur moi.
    « De toute façon, je n’en ai plus envie. Tu veux partir ? Vas-y. Vas-t-en. »
    Bob sortit entièrement de sa coquille et regarda longuement Pinocchio dont les traits inexprimables, les traits de celui qui s’absente mentalement avec son regard lointain, dégageaient l’aura de l’homme trompé. Pour la première fois de sa vie, l’escargot blanc cru avoir des cernes.
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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Sam 4 Fév - 16:39

- De toute façon, je n’en ai plus envie. Tu veux partir ? Vas-y. Vas-t-en

Je sentis quelque chose se briser. Un peu plus, sans doute. Il ne me regardait pas, absorbé par les lattes du plancher. Je lissais les plis imaginaires de ma nouvelle robe d'un air gêné. Je reniflais une, deux fois. Mes larmes avaient disparues, ne laissant qu'une traînée humide sur ma joue, et mes deux yeux rougis brillant.
J'étais en train de me calmer. Je me disais aussi qu'il devait regretter. Ou pas. Je n'arrivais pas vraiment à savoir ce qu'il pensait de moi, de tout ça, de l'étrange tournure qu'avait pris notre aventure. Mais ça n'était pas nouveau : je n'avais jamais compris pourquoi c'était vers moi qu'il avait avancé, il y avait ce qui me semblait être une éternité, dans le café. Pourquoi il avait soudain eu envie de partir avec moi dans un endroit lointain et inconnu.
C'est à cet instant que je me branchais sur ma fréquence conscience. Un peu comme le poisson bleu dans un film terrien ( mais je n'allais sûrement pas me mettre à danser en chantant une chanson ridicule du genre «  nage droit devant toi, nage droit d'vant toi ». Quoi que.)
A cet instant, ma petite voix intérieure décida de reprendre le contrôle.
- Et alors ?
Je clignais des yeux. Pardon ?
- Je disais : et alors ?
Je me triturais les mains avec anxiété. Écoutes, je ne sais pas ce que tu as bu...mais j'en veux !
Ma conscience ne se donna pas la peine de répondre.
- Bon. Depuis tout à l'heure, alors que tu vis sans aucun doute une aventure fichtrement amusante, tu n'arrêtes pas de te poser des questions idiotes. Suis-je assez bien pour lui ? Me remarque-t-il vraiment ? Suis-je la première ? Pourquoi moi ? Pourquoi ici ? Pourquoi...etc...
Non mais pas du tout ! Je me posais simplement des questions élémentaires ! J'étais une fille, non ? Et lui, un garçon, non ? Je ne suis pas de celles qui sont incapables de penser qu'une amitié entre les deux sexes puisse être concevable, mais j'étais dans mon bon droit ( oui parfaitement ! ) et pouvais m'interroger là dessus. Parce que je n'avais presque encore jamais eu de petit ami, que j'avais toujours vécu et pensé comme une gamine, et que tout d'un coup, je décidais d'en avoir assez, de cette innocence. Comme si celle de Pinocchio prenait toute la place. Trop de place.
Aujourd'hui, j'avais envie de me poser des questions idiotes. De penser comme si moi j'étais la fille que j'étais, et comme si lui était le garçon qu'il était.
-…..le problème est là, petite idiote.
Ah bon ? Je m'abandonnais à mon tour à l contemplation de mes pieds.
- Bien sur. Non mais regarde le deux secondes ! Regarde le vraiment. Ca, un homme ? Ce n'est même pas vraiment un garçon ! C'est un gamin ! Et toi tu n'es pas une femme, tu es une fille, comme tu le dis si bien ! Alors arrête de jouer à l'adulte et rentre chez toi. Tu ne récolteras que de la souffrance.
Je laissais piteusement retomber mes mains le long de mon corps. Vraiment ? Est ce que depuis le début, je ne faisais que reproduire le comportement idiot que je voyais dans les séries stupides défilant sur ma boule ? Peut être. C'était sans doute pour ça que je venais de pleurer si facilement. Et que tout me semblait si nouveau et si beau.
Bien sur, pas beau comme avant. Non, avant, tout me semblait beau, mais d'une autre façon. Plus directe, plus pure. Ici, tout me semblait beau parce que mes gestes me semblaient importants, forts, pleins de vérité et d'assurance de femme. Ce qui était totalement faux, peut être.
Ma conscience se débrancha doucement, se mit en mode veille.
Retourne chez toi Chami. Arrête de jouer à la grande personne.
C'est alors que je regardais Pinocchio droit dans les yeux, comme jamais je n'avais encore osé le regarder. C'était un regard franc, sans arrières pensées, un regard plein d'assurance, l'assurance enfantine qui nous pousse à croire qu'on peut tout.
Alors je lui fis un petit sourire, un de ceux qu'on échange pour montrer qu'on a confiance. Qu'on a gagné. Qu'on est fière de faire équipe.
Et je me mis à courir.
De toutes mes forces et comme jamais, dehors, loin de la vendeuse qui se mit à crier.
Courir.
En riant comme une enfant en voyant le regard étonné des passants qui se retournaient avec stupeur sur mon passage.
Une fois à quelques mètres de la boutique, je ralentis, puis m'arrêtais.

-J'ai perdu la voiture !
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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Ven 10 Fév - 19:57

AutreMonde, c'est la fuite.


    Il déglutit. Après de longues secondes parallèles, elle avait relevé ses yeux bleus clairs de ses chaussures et les avaient plantés dans les siens vert sombre. Un petit sourire désolée sur les lèvres et un éclat franc plus tard, elle courrait dans les rues de New York. Pino réagit au quart de tour pendant qu'un cri était lancé.
    « Je la rattrappe ! »
    Il courru aussi mais, la tête en alerte, il ne savait plus trop pourquoi. Il entendait les bottes frapper rapidement le béton et ses chaussures cirés accompagnèrent le rythme. Il avait perdu de vue la dragonne. A supposer qu'elle en soit bien une. Il eut la curiosité (et la bêtise) de regarder en haut pour voir si elle ne s'était pas envolée. Mais le bruit frappant de sa course le ramenait toujours sur Terre.
    Se précipitant à sa suite, la cherchant du regard parmi la foule, il entendit un rire. Enivré par cette marche folle, les couleurs et les formes se pressèrent entre elles, alors qu'elles n'avaient jamais été aussi nettes auparavant. La vitesse l'enfermant sur lui-même, Pinocchio ne se référant plus qu'au son. Il manqua de se faire écraser en un cri strident de pneus paniqués. Le silence se fit dans les rues en voyant le presqu'accident. Les gens se taisent toujours quand un problème se faisait. Aux hurlements les plus aigüés on ne ferait rien ! On tiendrait notre coeur en masquant vainement son battement trop hasardeux ! On baisserait les yeux face aux larmes !
    Mais il n'y avait pas d'accidents... Pinocchio n'avait rien... plus de peur que de mal. Le danger poussant l'adénaline dans son sang, on le regardait courir à sa suite. Que pensaient ces gens en les regardant ? Etaient-ils fous ? Pleuraient-ils ? Ou au contraire, regardaient-ils simplement l'heure en ne voyant que les aiguilles et pas le couple ?
    Dans New-York, un cri pendant que des bottes se taisent.
    « J'ai perdu la voiture ! »
    Accélérant, il tourna au coin d'une rue et la vit enfin. Soulagé, il reprit sa course avec l'esprit plus tranquille. Il la dépassa et lui prit le poignée, l'emportant avec lui. Il se rata et il attrapa sa main.
    « C'est pas grave ! COUREZ ! LES ENFANTS COUREZ ! »
    Et ils courent. Les poumons en feu, les mollets en plomb, il courent. La serveuse les avaient perdus de vue depuis longtemps, courir ne servaient peut-être à rien. C'était certes une grande chaine de vêtements qu'ils venaient de voler, mais ce n'était que dans une petite boutique. Dans une rue au nom méconnu, qui plus est.
    Ils entrèrent dans la voiture et purent enfin respirer. Il se calma, cherchant à retrouver des rythmes cardiaques et respiratoires normaux. Il tenta de déglutir, mais sa gorge était sèche. Il démarra et fit quelques rondes dans le quartier. Le ronronnement serein du moteur apaisant son esprit alarmé. Il perdit la cellule de la vitesse et se retrouva dans la lenteur silencieuse des sièges en cuir. Il se mordit les joues et ses tressaillirent. Il tenta de se retenir mais très vite il n'y parvint pas : il rit doucement, grave et un peu enroué après la course. Il n'osa pas regarder Chami', son regard ambigu l'ayant retourné dans la boutique. Il ne savait pas quoi penser de cette jeune femme. Ni ce qu'il fallait. Le doute et le septicisme de Bob l'avaient atteinds mais en même temps, la masse dorée autour de son coeur était toujours là, prête à bondir. Bob savait, tout comme Pino, que des deux, ce sera la quantité liquide couleur miel qui gagnerait si un affrontement se faisait. Et Bob savait, tout comme Pino, que cet affrontement aura lieu. Mais pas aujourd'hui. Il soupira, léger :
    « Bien ! On va faire... quelque chose... de plus calme... »
    Sa respiration était encore assez aléatoire et légèrement sifflante. Ils se baladèrent un peu en voiture, leur esprit se reposant après ces extravagances. Peu à peu Pinocchio cessa de sourire. A 30 ans, on ne peut pas se permettre de vivre dans de telles absurdités. Pinocchio était un menteur. Il se mentait. A Chami', certes, mais pas qu'à elle. A lui. Surtout. Il prit une grande inspiration mais il ne dit rien. Dans le rétroviseur, il crut voir sa poitrine pulser au rythme de son coeur malmené. S'il commençait, il arriverait à aligner le tout. Mais il ne commença pas.
    Il bifurqua à droite, à gauche puis tout droit et encore une fois à droite et ils étaient arrivés : sur leur gauche se tenaient les arbres civilisés de Central Park. Il ouvrit polimment la porte de Chami', la laissant sortir et lui proposant de la suivre. Ils marchèrent en silence. Il faisait un peu froid mais le soleil brillait. Les nuances vertes étaient agréables, de l'or parfois, semblait perler sur les herbes humides.
    Ils rencontrèrent plusieurs couples, nombreux étaient ceux d'un temps révolus. Ils se sourirent, la bienséance sur les lèvres mais la complicité du commun dans les yeux. Au loin, deux adolescents se parlaient en riant et derrière eux, trois chiens tournaient autour d'une bonne femme au sourire splendide. Le plus beau sourire que Pinocchio n'avait jamais vu. Il le contamina et il sourit aussi. Sa tension était retombée.
    Bob, pendant ce temps, toujours dans la manche de son compagnon d'âme, était songeur. Pinocchio n'avait pas eu de pensées particulières pour Chami' durant tout le trajet. Quelques regards et exclamations de bon ordre, mais rien d'extraordinnaire. Il faut dire que le cordonnier réfléchissait aussi un peu à ce qu'il ferait par la suite, mais la dragonne ne l'avait pas distrait dans sa réflexion. Pour Bob, c'était une bonne chose. Bien qu'il y avait toujours cette masse dorée.
    Pinocchio la mena jusqu'à un banc et il s'y installèrent. Il garda le silence quelques minutes, le silence les encastrant dans le temps. Ainsi fait, chez Pino en tout cas, le coeur était calme, la lumière accomodée à ses yeux, l'esprit tranquille et le parc famillier. Il y était souvent allé, plus jeune, avec Satin, le petit chien noir de son père. Son père aimait beaucoup Satin, il le prenait tout le temps sur ses genoux et le serrait fort contre lui. Même si c'était maman qui le voulait, à l'origine, on fini par dire que Satin était "le chien de papa". Cette vague de nostalgie et de souvenirs l'attendrit mais peu à peu, il cessa de sourire. Les muscles de son visage se contractèrent en un rictus tendu et sérieux. Il reprit encore une fois une grande inspiration, tremblante. Cette fois, il parla et ses mots le pesaient, ce n'était pas une chose simple ce qu'il allait dire, même si ça peut paraitre banal :
    « Je m'appelle James. »
    Ce simple aveu le détendit plus qu'il ne le pensait. Après un petit temps de réadaption, il fixa la femme et ses trois chiens, et son sourire. Préférant ne pas voir les yeux percutants de la jeune femme. Pinocchio n'était pas un mythoman, il ne mentait pas sur tout et sur n'importe quoi. Il ne mentait que sur son nom. Bien que légalement, il s'appelle bien Pinocchio sur AutreMonde, la légende du petit pantin étant méconnu sur la planète magique, ce n'était pas dérangeant. Mais en choisissant de changer de nom, il se mentait à lui-même. Il cherchait à fuir ce qu'il était vraiment, ce que le nom James signifiait. Et il voulait dire beaucoup. Mais ce n'est pas aujourd'hui qu'il avouerait ceci.
    « James Haguerty. Je suis né ici, à New York, le 25 septembre 1981* vers 15h je crois. Il rit : J'avais des cheveux. Blonds, pas très doux mais brillants. Et beaucoup... maintenant je ne m'en souviens plus. Déclara-t-il en un haussement d'épaules. Il regarda un instant ses doigts posés sur ses jambes avant d'en venir aux faits : Je ne suis pas fort. Je ne sais pas pourquoi je vous dis ça, j'aurai pu laisser passer et me faire passer pour ce que je ne suis pas. C'est mieux d'être fort... mais il faut, d'une certaine manière, souffrir pour être fort. Or je n'ai pas souffert, je n'ai jamais souffert. Oh ! J'ai été malade et ça a été bien chiant mais... j'étais petit, je ne me souviens pas. Peut-être est-ce ça, le problème. J'oublie. J'oublie les gens aussi, j'oublie tout. Mon corps se débarasse de tout ce passé. Toute trace qui me reste de ce passé, visiblement parlant, c'est mon absence de cheveux. Mais je n'en souffre même pas. Ce qui rend l'Homme ou toute autre espèce, fort et sensible, c'est sa capacité à se souvenir. On n'a pas forcément besoin de s'arracher le coeur pour savoir que ça ferait mal... pourtant... je ne sais pas comment dire. Les bébés, les enfants, doivent être les êtres les plus insensibles que je connaisse. Ils sont impitoyables, mais c'est parce qu'ils ne savent pas. Pas encore, du moins. Je suis un enfant... j'ai été un enfant plutôt, se reprit-il, qui n'a pas su. Il ne m'a pas appris le français, il ne m'a pas appris l'allemand, ni même le français correctement. Elle ne m'a pas parlé de livres, de l'histoire des idées, pas de politique à suivre, pas de mouvements de pensées. Elle ne m'a rien montré de pratique, ni cuisine, ni couture... faire monter une mayonnaise... tenir un intérieur...
    Il ne connaissait pas grand chose en mathématiques ni équation de Shrödinger... On m'a donné un modèle libéral, démocratique. On m'a donné un certain dégout, disons plutôt désintérêt de la religion. Mais il ne m'a pas parlé du piano ni du cinéma du Moyen-Orient, scandinave et russe qui, pourtant, le faisait vivre. Elle ne m'a pas dit comment elle s'était mariée, séparée, trompée... Ni donné d'autre modèle à suivre. On ne m'a pas parlé de Marx, rival de Tocqueville. Ni Weber, ennemi de Lukacs mais on m'a dit qu'il fallait voter. Elle n'a pas caché l'existence mais a tue celle de Proust, de Mort à Crédit. Ils n'ont fait aucun commentaire sur mai 68 ni commentaires sur la société du spectacle... mais il savait que Balzac était plié à la ligne... et qu'on pouvait en tirer un certain mépris...
    Il ne connaissait pas d'histoires sur la Résistance ni la Gestapo, mais quelques arnaques pour payer moins d'impôts. Ils se souvenaient en souriant de la guerre du PC de leur père mais peu de De Gaulle, une blague sur Pétain... rien sur Hitler. Ils avaient connu le monde sans télévision mais n'en disait rien.
    Ils n'avaient pas voulu que je regarde "Apocalypse Now" mais je pouvais lire "Au cœur des Ténèbres". Je ne l'ai pas lu. On ne m'a pas dit que c'était bien. On ne m'a pas dit comment faire avec les filles, comment faire avec l'argent, comment faire avec les morts. Il fallait trouver comment vivre avec demi-frères, demi-sœurs, demies morts, demies compagnes, maîtresses et remariés, alcoolique, pas français. Fils de gauche : tu milites, milite ; fils de droite : hérite, profite. On ne m'a pas donné de coups, on m'a sans doute aimé beaucoup... Il n'y avait pas de choses à faire à part peut-être polytechnicien. Il n'y avait pas de choses à ne pas faire, à part peut-être cordonnier. Elle m'a fait sentir que la drogue était trop dangereuse. Il m'a dit que la cigarette était trop chère. Elle m'a dit qu'une fois elle avait été amoureuse, elle ne m'a pas dit si ça avait été de mon père. Elle ne m'a pas dit comment faire quand on se sent seul, il ne m'a pas dit qu'entre vieux amis, souvent, on s'engueule. On s'embrouille, que tout se brouille. Se complique. Qu'il faudrait faire sans. Elle ne m'a rien dit sur Freud et j'ignore Lacan. Pas de conseils ni de raisons pratiques. Pas de sagesse de famille, pas d'histoires pour faire dormir les enfants. Pas d'histoires pour faire rêver les grands. Il ne soufflait mot de la Nouvelle Vague, et de tout ce qu'on voyait avant, mais parlait du Louvre comme d'un truc intéressant. On ne disait rien sur Michel Sardou mais on devait aimer Julien Clerc. On m'a parlé d'un cancer.
    Sinon je ne sais rien des pauvres, je ne sais rien des restes d'aristocrates. Je ne sais rien des gauchistes. Je ne sais rien des nouveaux riches. On ne parlait pas de cathos, ni de juifs... ni d'arabes. Il n'y avait pas de chinois... Elle trouvait que les Noirs sentaient, elle n'aimait pas les odeurs... lui...

    C'était ainsi que Pinocchio était né. Comment il avait été éduqué pour arriver à 20 ans et ne rien savoir. Les gens ne faisaient pas qu'oublier.
    « Lui s'en foutait. »
    Les gens s'en fichent.


    Un long instant s'était écoulé avant qu'il n'ajoute, toutes ses vérités l'avaient chamboulé. Ces vérités qu'il avait tant chercher à fuir, à cacher.
    « Quand on ne sait pas, on n'est pas fort. »
    Ca le coutait, de dire tout ça. Il avouait son ignorance, penaud comme un enfant, comme celui qu'il était. Mais il avait l'impression, désormais, que le sang coulait avec plus de fluidité dans son corps, la masse dorée était toujours là mais ne semblait pas vouloir le déranger, son coeur battait plus fort avec plus de vitalité. Ses yeux voyaient avec plus de clarté, son audition avait plus de nuances... son toucher plus de sensibilité. Il soupira longuement. Et sourit, d'un sourire étrange, un peu triste mais étrangement heureux. Il dit, comme s'il n'avait encore rien dit depuis tout à l'heure, comme s'il ne venait pas de discourir sur toute une vie :
    « Quand je suis ici, je dis à voix haute ce que je vois et parfois, j'imagine une suite. Par exemple, en face, je vois une bonne femme avec le plus beau des sourires que les Mondes n'aient jamais vu, et là, un couple d'ados amoureux. »
    En s'installant en AutreMonde, Pinocchio avait cru revivre. Il n'était pas mort sur Terre, sa vie avait été agréable. Il n'avait jamais souffert... pourtant, quelque chose sur AutreMonde l'avait rendu plus heureux. Il ne voyait que les coté positifs et négligeait ceux négatifs. Prenant ainsi la fuite.


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Par Le Revelus :
Accréditation:
Moi et les autres Autremondiens:

MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Mer 22 Fév - 10:42

Le trajet en voiture se fit en silence, peut être parce que ni lui ni moi n'avions vraiment envie de commenter l'épisode de la boutique. J'avais faim. Une faim de loup, et je me surpris à rêver de l'étrange sandwich à saucisse terrien, dont le nom m'échappait, mais qui m'avait donné l'eau à la bouche quand nous étions passé devant un des marchands posé sur le bord de la route.
Je caressais distraitement le tissus de la robe ( impossible de dire de « ma » robe, elle ne m'appartenait pas, pas plus qu'elle appartenait à la boutique de luxe. Elle ne faisait pas partie de cette réalité, elle appartenait à l'homme chauve qui conduisait à côté de moi.)
Il gara la voiture près d'un immense carré vert, un des plus grand et beau parc que je n'avais jamais vu depuis notre arrivée à New-York.
Impressionnée, je le suivis avec l'envie folle d'enlever mes chaussures pour marcher dans l'herbe, mais je commençais à comprendre qu'il ne fallait pas distraire Pinocchio quand il avait cet air grave et perdu sur le visage. Mes chaussures restèrent donc à leur place.
Il y avait peu de promeneurs, peut être à cause du vent froid qui balayait les parterres de fleurs.
Je ne les remarquais pas vraiment, j'étais trop absorbée par la nature humaine. Je veux dire, tout ce que je n'avais jamais vu avant : les fleurs, l'herbe, les arbres, avec leur centaine de feuilles de la même couleur verte, et leur tronc marron. Cette simplicité me fit sourire, surtout quand on comparait avec la végétation omoisienne....Mais à y bien regarder, on pouvait distinguer des dégradés émeraudes, et des transparences magnifiques et insaisissables, qui étaient traversées par des rayons de lumière dorés. C'était beau. Plus beau encore qu'à Omois, peut être parce que je savais qu'il n'y avait pas de magie derrière ce phénomène. Ou peut être que si. Au fond, je ne voulais pas le savoir, je voulais rester dans l'ignorance ( c'est d'ailleurs souvent ce qu'on fait quand on ne veut pas savoir, merci Chami' pour ces belles paroles ), comme pour préserver le mystère qui rendait ces arbres si poétiques.
On me fit assoir. J'avais presque oublié mon compagnon, qui était resté muet pendant notre marche.
Je posais sur lui des yeux émerveillés, et tout d'un coup son air grave m'agaça. Je n'avais pas envie qu'il soit triste, pas maintenant, alors qu'il avait devant lui des arbres transparents, qu'il fallait qu'il les regarde, mais oui, il n'avait qu'à les regarder, à les regarder vraiment, et il comprendrait, et il n'aurait plus cet air si malheureux, et...

« Je m'appelle James. »

Alors voilà. On y était. Mais je n'étais pas bien certaine de le vouloir. Pourquoi cet air si sérieux ? J'avais envie de le faire lever, de le prendre par le bras et de l'emmener voir de plus près....oui mais quoi ? Les arbres ? J'oubliais qu'il avait été terrien, un jour, il y a longtemps...les arbres, il s'en fichait. Il en avait vu d'autres, des plus beaux, qu'est ce que ça lui faisait, hein, d'en voir avec des fleurs transparentes, d'en voir avec leur tronc, marron, leurs feuilles, vertes, de me voir moi, Chami, hein ?
Tu recommences. J'avais soudain un peu peur. Parce que ce que j'avais vu de lui jusqu'à présent, ce qui m'avait poussé à le suivre sur Terre, le petit quelque chose qu'il avait, que d'autres n'avaient pas ou n'avaient plus, là, maintenant tout de suite, je ne le voyais plus. Peut être le cachait il, peut être l'avait il simplement oublié.

Ou peut être que c'est ça la vie, Chami. De temps en temps il faut savoir être grave...

Alors Pinocchio, enfin James, non plutôt Pinocchio, se mit à parler.
Plus longtemps que toutes les fois où il m'avait parlé réunies. Je n'avais jamais entendu sa voix, en cet instant, grave et sérieuse, si longtemps.
Il enchaînait les phrases comme un sportif de haut niveau : il lâchait les mots, d'abord avec retenue, comme pour se préserver, comme pour garder des forces pour les prochains tours. Puis il prit de la vitesse : Ce qui rend l'Homme ou toute autre espèce, fort et sensible, c'est sa capacité à se souvenir
Ce-Qui-Rend-l'Homme- Ou-Toute-Autre-Espèce....
Il respirait profondément, avec le calme que donne l'habitude à cet exercice. Il ne se fatiguait pas, il filait droit devant, et la foule devait être levée, maintenant. Elle devait crier, hurler à pleins poumons, mais il ne la regardait pas, il avait la tête droite, le regard fixé sur la ligne d'arrivée, qui n'était pas encore là, mais bientôt, bientôt...
On ne m'a pas donné de coups, on m'a sans doute aimé beaucoup...
Il n'y avait pas de choses à faire à part peut-être polytechnicien...


Il devait avoir mal maintenant. Mais il continuait, c'était sa course, il ne fallait pas qu'il s'arrête, pas maintenant, alors qu'il était presque arrivé. Il devait sentir l'effort dans chacun de ses muscles, les sentir bouger sous lui, ses jambes, sa langue, sa bouche qui continuait à bouger, bouger. J'avais les yeux fixés dessus, sur cette bouche qui faisait sortir tant d'effort et tant de mètres qui le séparait de la victoire.
On m'a parlé d'un cancer

Le grand spint final. Le moment où tout devient plus réel, ceux qui courent devant, derrière, ceux qui sont debout et qui encouragent, et cette perspective, là bas, si proche, mais ce suspens aussi, car on ne sait pas encore. C'est maintenant que tout va se jouer.
Et il court James, Pino, il court, et il ne sait pas, peut être qu'il s'en moque au fond, de cette récompense, peut être que pour lui, l'essentiel, c'est d'avoir participé. Peut être qu'il court pour lui, seulement pour lui, peut être qu'il ne court pour rien, juste pour sentir sa langue qui bouge, sa bouche qui s'ouvre, caresse, se referme, et tous ces mots que j'écoute.
Lui....

Un deux trois, une grande foulée.
Lui s'en foutait

Je fermais les yeux, imaginais le ruban se décrocher, partir, se faire balayer par ses pieds, j'imaginais ses bras qui se lèvent, sa bouche qui s'ouvre en grand, ses yeux qui se ferment.
Sa respirations saccadée, en rythme avec ses battements de cœur.

Quand on ne sait pas, on n'est pas fort.

Ah bon ? Tu crois vraiment, James ?
Je ne savais pas bien si j'ai parlé à voix haute ou pas.

« Quand je suis ici, je dis à voix haute ce que je vois et parfois, j'imagine une suite. Par exemple, en face, je vois une bonne femme avec le plus beau des sourires que les Mondes n'aient jamais vu, et là, un couple d'ados amoureux. »

J'ouvris les yeux. Je vois que c'est fini. Alors tout doucement, je posais ma tête sur son épaule. Je laissais mes mains sur mes genoux. Elles n'avaient pas besoin de prendre les siennes, je n'avais pas envie qu'il l' interprète mal. Qu'il prenne cet élan pour de la pitié, de la compassion. Qu'il prenne ce geste comme un geste maladroit, un de plus qu'il se rajouterait aux nombreux autres gestes que j'avais bien pu faire aujourd'hui.


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MessageSujet: Re: Le communiqué du kangourou [PV]   Dim 1 Avr - 10:15

    Spoiler:
     

    Une tête délicate s'est posée sur une épaule et les jambes d'un homme se croisent tandis qu'une femme joue avec ses chiens et qu'un couple s'aime. L'après-midi était tranquille, ils ne devraient pas être là. Au départ, il était en vacances à Travia, il se reposait, découvrait de nouvelles saveurs.
    Il a fini dans un parc qu'il connaissait par cœur.
    La tête de la jeune femme sur son épaule n'était pas lourde, mais il ne sentait plus que ça. Peu à peu, ce qui avait été lourd dans son crâne s'allégea.

    Bob, lui, avait envie de soupirer. Pinocchio n'avait pas assez de recul, il ne se rendait pas compte. Mais il avait eu raison sur un point : il n'avait pas souffert, il n'était pas à plaindre. Le cordonnier le senti, il chercha alors à amener les esprits ailleurs. Cet instant de lourdeur est passé, il a été bref, sans importance, pensons à autre chose.

    Il regarda silencieusement le parc pendant deux ou trois minutes. Deux ou trois minutes de silence, c'était long. Devant lui, la femme dansait avec ses animaux et son sourire immense illuminait les visages alentour ainsi que le sien. Un peu plus loin, le couple qui semblait filer un amour parfait commença à se brouiller. Elle s'était détachée de lui et lui, tendait bêtement les bras pour qu'elle revienne. Pinocchio retint un rire : on aurait dit eux dans la boutique. Ils avaient bien joué, n'empêche.
    Puisqu'il y repensait, il se leva et délogea avec attention la tête de Chami'.
    Il se mit devant elle et commença à la regarder d'un air concentré... il sourit enfin, à la fois satisfait et amusé :
    « La robe vous va très bien ! Par contre ces chaussures-ci avec un tel vêtement... »
    « C'est méchant ce que tu dis. »
    Mais non, il taquine.

    Il se rassit à ses cotés et là, ce fut le drame : sur le rond de gazon, en face d'eux (trop loin pour qu'ils aient à réagir), le garçon s'était recroquevillé sur lui-même et avait poussé un violent cri. Elle se tenait avec colère sur le coté, les joues pleine de larmes. Pinocchio murmura, obnubilé par la scène.
    « A votre avis, qu'est-ce qu'il a fait pour qu'elle soit comme ça ? »
    « Il a couché avec la bombe de secrétaire ? »
    Mais Pinocchio n'y prêta plus attention quand il comprit ce qui s'était réellement passé. D'un air plus sérieux, il parla d'une chose parfaitement ridicule pour une femme. Et il le dit, à une femme :

    « Vous savez il ne faut jamais faire ça. C'est particulièrement douloureux, on se rend pas compte. Je veux dire... je vais avoir l'air d'exagérer mais c'est presque la fin du monde. Pour l'homme, c'est l'Apocalypse. »

    Car oui, un homme qui se prend un coup dans les parties, c'est quasi l'Apocalypse. Tout le reste est oublié, on a juste mal, très mal, tout est noir.
    Tout homme se prend un coup là où il ne faut pas, au moins une fois dans sa vie. Pinocchio n'a d'ailleurs pas dérogé à la règle. Et il avait souffert, comme tous les hommes.
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