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 Rimes et contretemps [Freyja A. Oceanborn et Ismaël Mérindol]

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Ismaël Mérindol





MessageSujet: Rimes et contretemps [Freyja A. Oceanborn et Ismaël Mérindol]   Jeu 13 Nov - 19:34

[Je me permets de prendre des vers à de vrais auteurs, à défaut d’avoir moi-même un esprit poétique.]

« Tu viens Mephi ? Qu’est-ce que tu fais ? »
L’ours se retourna vers le sorcelier, mais sans bouger, si ce n’est pour indiquer de la truffe une ruelle qui partait en une volée d’escalier plus bas. Ismaël revint sur ses pas. Le passage ne présentait rien de particulier si ce n’est un caractère assez poétique : la lune éclairait les marches de pierre lentement envahi par la mousse, tandis que le lierre conquérait les murets qui bordaient la ruelle. Mais, le connaissant, le sorcelier doutait que ce soit cela qui est attiré son ami.

« Bon, je te suis alors. »
L’ours se mit sur ses quatre pattes et guida Ismaël à travers les rues ; bientôt, ce dernier comprit où son ami le menait : il commençait à sentir une odeur alléchante, et à distinguer des éclats de voix, des rires. La ruelle débouchait sur une petite place rectangulaire, avec au centre une fontaine d’où ne sortait plus d’eau. Un grand portail noir, qui quand il était fermé prenait tout un coin de la place, avait ouvert ses portes et invitait à entrer dans un étrange bâtiment, majestueux, mais en ruine, comme le témoin d’une grandeur aujourd’hui passée. Pourtant, c’était de là que venait toute l’agitation… Et le fumet.  L’ours voulu se précipiter à l’intérieur, mais Ismaël l’en empêcha : il ne savait pas s’il s’agissait d’un restaurant ou d’une propriété privée. Il intima à son ami de rester où il était, afin que personne ne pris peur en le voyant, et s’avança jusqu’à la bâtisse. Un majordome le salua et lui ouvrit la porte avec une révérence.

L’intérieur laissa le voyageur estomaqué : il n’avait jamais rien vu d’aussi superbe ! Derrière le masque ébréché de la façade extérieur, le cabaret révélait son vrai visage, et tout respirait le faste, le luxe : les diamants des lustres reflétaient en mille éclat la lumière des bougies, qui venaient en fragments se poser sur la moquette rouge aux pieds des invités. Après un grand couloir, trois marches conduisaient à une vaste salle remplie de tables où les dîneurs s’étaient installés, discutant en attendant qu’un artiste se présente sur la scène, au fond. La beauté des lieux bouleversa Ismaël, qui resta les bras ballants, hébété. Un réceptionniste l’aperçut, et lui demanda s’il souhaitait s’asseoir : son allure un peu misérable ( le sorcelier portait des bottes crottées et un manteau usé)  lui avait laissé espérer qu’il aurait un refus comme réponse, et qu’il pourrait conduire l’étranger au-dehors. Malheureusement, celui-ci accepta, et le réceptionniste dû l’emmener – lui qui était mieux mis que le client ! – jusqu’à une table, le saluer d’une rapide courbette et lui donner la carte des menus.

Ismaël avait demandé une place à cause du regard méchant de son interlocuteur, qui l’avait conduit à penser qu’il aurait été malvenu de refuser. Mais le prix de la carte lui indiqua que les plats étaient d’un raffinement qu’il ne pouvait se permettre s’il voulait vivre des prochains mois des économies qu’il avait fait jusqu’à présent, pour travailler sur son ouvrage.  En plus, le sorcelier gardait en mémoire Mephi qui l’attendait dehors. Pour couronner le tout,  le nom du cabaret trônait au-dessus de la scène « le cabaret des nonsos », et lui indiquait que ni lui ni son camarade n’étaient les bienvenus. Il allait donc s’en aller quand une artiste, qui s’était installée sur la scène sans qu’il ne s’en aperçoive, eut fini ses préparations et commença à chanter.

Sa voix s’éleva, douce et tendre, glissa sur les lustres, les diamants, la moquette, une voix d’abord légère, transparente. Puis, à ces accents succédèrent des accents plus profonds, qui changèrent tout à fait l’atmosphère de la salle. Envolés le faste et le luxe ! Il ne restait plus que cette elfe aux visages de poupée, que ces yeux bleu azur qui se dévoilaient parfois derrière ses cils souvent baissés, et qui semblaient faire corps avec cette voix, révéler les couleurs secrètes de ces harmonies.

De toute sa vie, le sorcelier n’avait considéré l’art que comme quelque chose d’admirable parce qu’utile. Enfant, il avait lu avec délectation les fables morales ou les discours rhétoriques qui défendaient une cause, ce qui l’avait conduit lui-même à écrire un ouvrage qui devait marquer le monde dans lequel il vivait, un ouvrage qui deviendrait l’outil indispensable que tous les voyageurs transporteraient avec eux. Mais il découvrait aujourd’hui quelque chose de différent, d’inutile et d’éphémère, qui malgré cela le figeait sur place.

Alors que la jeune femme reprenait le refrain, Ismaël ressentit comme un choc électrique qui le fit tressauter : c’est qu’au-dessus des sons enchanteurs, il entendit une voix nasillarde lui demander :

« Vous avez choisi ? »
La colère d’avoir été sorti d’une si belle rêverie embrasa l’auteur, qui en oublia les bonnes manières et dit d’une façon bourrue toute paysanne :
« Non merci, rien ne m’intéresse ici, je pars. »
Et il sortit, la chanson rendant ses dernières notes derrière lui.

Mephi s’était impatienté, et attendait dans le jardin que le sorcelier revienne. Ce fut une chance, parce qu’ainsi, il inquiéta le groom qui, occupé à essayer de le faire sortir, ne vu pas Ismaël. Sur un coup de tête, ce dernier n’alla pas vers son ami, mais parti dans les broussailles qui longeaient le bâtiment.
C’était la première fois qu’il entrait dans ce cabaret, mais des cabarets, le sorcelier en avait connu un grand nombre ; et s’il était une chose qu’ils possédaient tous, c’était l’entrée des artistes. Il la trouva derrière le bâtiment, fermée à clef ; mais grâce à la magie, ce ne fut pas longtemps un problème. Par contre, une difficulté plus grande se présenta quand il fallu savoir quelle loge appartenait à la chanteuse. Heureusement, une musicienne un peu grise apparut, et quand elle l’entendit poser sa question si poliment, avec une intonation si sérieuse et si honnête, elle le renseigna sans lui demander qui il était, et ce qu’il faisait là. Il entra dans la loge, prit une feuille d’un carnet qu’il avait sur lui, la déchira, et écrivit une chanson que son cerveau avait commencé à composer pendant qu’il écoutait la jeune femme, et dont le début était celui-ci :

« Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets… »

Quand il eut fini, il le relu rapidement. L’ensemble le satisfit. Il  ne restait plus qu’à le laisser là, à déguerpir en vitesse et à rejoindre Mephi, la vie, le travail qui l’attendaient, avec l’espoir que la chanson d’un anonyme plaise à la jeune femme, et que peut-être, elle déciderait de mettre ces mots en musique.
Cependant, ces réflexions que se fit l’auteur en relisant ses vers s’étaient un peu trop prolongées ; il entendit la poignée de porte tourner ; quelqu’un entrait. Ismaël eut un hoquet de surprise, se leva précipitamment, recula et se heurta au bureau sur lequel il venait d’écrire ; le papier qu’il tenait s’échappa de ses mains et tomba par terre, devant les pieds du nouveau venu, qu’Ismaël imaginait être la jeune femme même si dans sa confusion il n’avait osé tourner la tête vers elle.

« Euh… Je… Ce n’est pas ce que vous pensez… » bégaya le sorcelier.
Car que pouvait penser une jolie jeune femme qui découvre un homme inconnu, barbu et sale dans sa loge, si ce n’est qu’elle ferait mieux de crier et d’appeler à l’aide ?


Dernière édition par Ismaël Mérindol le Dim 23 Nov - 1:15, édité 4 fois
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Freyja A. Oceanborn





MessageSujet: Re: Rimes et contretemps [Freyja A. Oceanborn et Ismaël Mérindol]   Ven 14 Nov - 22:47



Rythme éreintant et souffle erratique. Ses bras virevoltent dans tous les sens, insensibles à la notion de gravité, ils marquent les mesures, chaque temps, chaque note qui s’échappe de sa gorge est reliée à un mouvement de son corps. Malgré la fatigue, elle continue. Elle puise dans toutes ses forces pour achever sa chanson. Elle ne s’arrêtera pas avant d’avoir pu la maitriser et dompter sa voix qui s’éraille bien trop souvent à son goût depuis quelques temps. Des ondes positives rencontrent le désespoir qui croit dans son esprit. Phèdre chantonne doucement dans son âme, comme si elle voulait la guérir de tous ses maux. La jeune femme s’arrête soudainement, tombe à genoux et passe sa fine main sur le front de son familier. Elle ne peut résister à l’envie de plonger ses yeux dans le regard si doux et si compatissant de sa Balboune miniaturisée.

- Ne t’en fais pas, Freyja, tu vas y arriver. Tu sais très bien que plus tu stresses, plus tu aggraves la situation. Je suis avec toi, qu’est-ce que tu veux qu’il t’arrive ?

- Mais là, rien ne marche, je n’y arrive pas ! Je n’arrive plus à monter. Je sais pas ce que je vais faire pour le spectacle… dans une heure ! Par Trebidus, c’est fichu, il va falloir qu’on annule notre représentation, dit-elle, paniquée, après avoir jeté un regard à sa montre. Un soupir agacé se fit entendre dans sa conscience.

- On ne va rien annuler du tout, tu me dis ça à chaque fois et tout se passe bien. On va faire pareil mais tu arrêtes de gesticuler, de chanter et tu mets ton foulard en attendant. Et tu te jettes un satané sort, grande bécasse.

Freyja soupire alors, résignée et fait comme lui avait demandé son familier. Son foulard en place, elle commence à se préparer, se maquiller, se coiffer. Une fois le sort jeté, elle sent une douce chaleur envelopper son cou. Elle saisit le rouge à lèvres corail et colore ses lèvres, elle tresse ses cheveux en une souple tresse dont dépassent des mèches rebelles. Sa robe bleu ciel met en valeur ses yeux clairs et sa taille marquée. Malgré ses formes, elle parvient à se donner une image de beauté romantique loin de la vulgarité caractéristique des chanteuses de cabaret.

L’heure tourne, les minutes passent, les secondes s’égrainent. Elle ôte son foulard, met ses talons, attache son collier et Phèdre souffle quelques notes dans sa tête. Une discrète sonnerie retentit dans sa loge, lui signifiant ainsi qu’il est temps pour elle de se rendre sur scène.

Le bruit de ses chaussures transperce l’agitation du couloir, occupé par les maquilleurs et tous les travailleurs de l’ombre qui se bousculent pour prendre en charge la suite des événements. Son ombre se faufile entre les lumières et elle arrive enfin sur la scène. Dans ses bras, le petit aquarium avec sa tendre Phèdre  qui est sublimée par la lumière.
Elle s’installe sur le tabouret placé au centre de la scène, ne lance aucun regard vers le public mais soutient celui de son familier posé sur le piano.
Le silence dans la salle, le monde semble s’être arrêté, attendant de pouvoir reprendre son souffle dès que la chanteuse aura commencé son Art.
Elle prend son inspiration et laisse la magie  envelopper la salle. Phèdre l’accompagne progressivement et, effectivement, ses cordes vocales tiennent bon. Elle sourit, le stress s’envole peu à peu, les notes s’échappent telles des bulles de savon, éclaboussant les personnes dans la salle de gaieté, de sincérité et de bonheur. Elle s’autorise même à virevolter sur le plateau, faisant virevolter le tissu de sa robe.
Finalement, elle revient au centre, et, après quelques instants de silence, entame sa dernière chanson.

What a wonderful world, d’un artiste très connu sur Terre. Cette chanson a toujours provoqué chez elle des réactions pathétiques : frissons, sanglots, tremblements exacerbés, tout ça grâce à une simple voix. Elle est très admirative de Louis Armstrong, qui grâce à sa seule voix et à son instrument favori parvenait à émouvoir des millions de personne. Elle cherche encore à égaler son talent, dans une moindre mesure puisque pour elle, personne ne peut surpasser la merveille qu’est cette chanson.
Cette fois, elle chante seule, Phèdre s’est tue.

La dernière note s’évapore dans l’air et les applaudissements retentissent. Des yeux émerveillés la contemplent encore tandis que, déjà, certains s’en vont. Fébrile et encore engourdie par les sensations du spectacle, elle se hâte vers la sortie et se glisse vers les douches. Rien de tel que le bienfait de l’eau chaude pour se débarrasser de la tension exercée pendant un moment inquiétant. Elle s’attache les cheveux distraitement, se vêtit d’un ensemble bleu et se dirige vers sa loge.

Interloquée, elle contemple Arya, la violoncelliste, qui lui montre sa loge d’un air entendu. Elle hausse les épaules et pénètre dans sa loge. Surprise, elle ne s’attend absolument pas à y voir quelqu’un. Pourtant, des bruits sourds retentissent dans la pièce et elle y découvre un homme, barbu qui est visiblement perdu, tant géographiquement que moralement. Un papier s’échappe de ses mains et retombe calmement, insouciant du silence soudain qui fige la scène, sur les pieds de la chanteuse. Quelques vers sont inscrits d’une calligraphique quoique hâtive, elle est assurée.
Arquant un sourcil, elle se penche pour prendre la note entre ses doigts et la tend à l’homme qui se tient dans sa loge.

- Euh… Je… Ce n’est pas ce que vous pensez…
Elle croise les bras, attendant la suite, qui visiblement, ne veut pas sortir. Elle se racle la gorge avant de parler.

- Ah ? Et qu’est-ce que vous pensez que je pense ? Parce que là, je voudrais juste savoir ce que vous faites ici, en fait. Dans ma loge. Et, je vous rends ceci, vous l’avez fait tomber, lui dit-elle, d’une voix presque sûre, en lui tendant le petit papier d’une main légèrement tremblante.

L’individu était certes étrange mais sembler tout de même perdu.

- Est-ce que vous vous êtes perdu ? Parce que si vous voulez, pour partir, c’est la première à droite, puis au fond du couloir, la grande porte rouge.

Elle le mettait à la porte, discrètement. Mais elle était rarement rassurée en présence d’hommes. La porte de sa loge la rassurait cependant. Et l’homme n’avait pas l’air d’un mauvais bougre.

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Ismaël Mérindol





MessageSujet: Re: Rimes et contretemps [Freyja A. Oceanborn et Ismaël Mérindol]   Mar 18 Nov - 16:30

L’aplomb de la jeune femme chassa la peur du sorcelier. Il ne s’aperçut pas qu’elle tremblait quand il lui rendit sa feuille, et ne vit qu’une personne très sûre d’elle et qui contrastait avec l’image de  l’elfe si fragile qu’il avait eu sous ses yeux un peu plus tôt. De comprendre qu’elle n’avait pas peur de lui le rassura, tout comme les dernière paroles de la jeune femme.

« Je vous remercie, mais je ne suis pas perdu, répondit Ismaël. ( il posa le billet sur la table) je vous laisse cela, c’est le vôtre. Je vous ai entendu chanter, et votre voix m’a tellement ébloui que j’ai décidé sur un coup de tête de venir dans votre loge pour vous donner un poème que votre dernière chanson m’avait inspiré. Je vous prie de m’excusez de vous avoir inquiétée, ou irritée. Tout ce que je voulais, c’était que… (à ces mots il eut un sourire un peu cynique, comme pour se moquer du surplus de sentimentalisme de ce qui allait suivre) Tout ce que je souhaitais, c’était que vous découvriez le poème après que je suis parti et qu’il vous plaise assez pour le mettre en chanson. Parce que votre voix est belle et bien maîtrisée, et qu’elle aurait convenue. J’espère que vous me pardonnerez cette intrusion. »

Et après un salut, il partit.

Il emprunta le chemin indiqué par la demoiselle, ressortit par la grande porte ; le groom avait renoncé à chasser l’ours et avait regagné son poste.

Les jours suivants, Ismaël s’employa à mettre au propre les notes qu’il avait prise lors de ses voyages. Mephi lui fut très utile parce qu’il avait un sens de l’observation très élevé et se souvenait de petits détails signifiants. Toute la journée, l’auteur écrivait, reformulait, pour expliquer de façon simple même les choses les plus complexes, afin que son livre fut accessible à tous. Son mot d’ordre était le vers de Boileau : « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement » ; et tout en reprenant encore une fois un passage, il le marmottait dans sa barbe, pour ne jamais perdre son objectif de vue. Au dîner, il mangeait peu, et les économies qu’il faisait lui permettait de retourner au cabaret des non-sos. Il ne voyait pas toujours la jeune elfe, mais, même s’il appréciait particulièrement ses apparitions, toutes les musiques le détendaient. Harassé par le travail de la journée, il écoutait les yeux dans le vague en sirotant le plus longtemps possible un vin de grand cru, le moins cher qu’il put prendre. Les morceaux lui donnaient parfois l’idée d’autres textes, et malgré la fatigue il ne pouvait s’empêcher de les transcrire sur son carnet où il avait pris ses notes. Et le même manuscrit sur lequel portait sa besogne le jour contenait sa rêverie du soir. Ismaël le retournait, oubliait la phrase de Boileau, pour griffonner des émotions floues avec des tournures parfois alambiquées. Il appréciait toujours la voix de la chanteuse, Freyja, dont il avait retenu le nom qu’on annonçait avant chacune de ses venues. Il n’avait osé l’aborder depuis la dernière fois, et il ne savait pas si la chanson lui avait plu : il ne pouvait venir que tard au cabaret, et parfois l’elfe était déjà passée. L’auteur se sentait un peu coupable de ses sorties : de jour, Mephi et lui s’entendaient très bien, s’entraidaient comme ils l’avaient toujours fait. Mais après le dîner, Mephi restait dans la bicoque qu’ils avaient trouvée, et Ismaël sentait bien que son ami lui reprochait cet abandon.

Un soir que Freyja chantait, il aperçut un jeune homme qui la dévorait des yeux. C’était le genre dandy, impeccablement habillé, à la mode, une montre à gousset dans la poche (Ah ! Certains avaient les moyens !) et les chaussures aussi cirés que les cheveux. En bref, un de ces spécimens fiers d’eux parce par hasard ils ont beaucoup d’argent. Le jeune homme s’en alla quand Freyja sortit de scène, et, au cas où, Ismaël décida de le suivre.
Il eut raison : le dandy attendit l’elfe, et quand il l’aperçut, il l’aborda avec un sourire séducteur pour commencer à parler de lui, de sa condition, et de ce que cette condition pourrait apporter à la jeune femme. Ismaël s’était caché derrière une colonne et observait le fâcheux de dos, qui continuait à débiter des sottises. Peut-être parce qu’il était lui-même exaspéré, il lui semblait que Freyja voulut partir mais que le jeune homme la retint.

« Alors comme ça on aime tenir le crachoir à une demoiselle, hein ?» siffla Ismaël pour lui-même. Au risque que l’elfe le découvre, il se mit plus sur le côté de la colonne pour lancer à son aise une incantation. Un truc de gamin, qu’il avait perfectionné avec le temps, et qu’il maîtrisait parfaitement, désormais. Un sort que faisait peut-être un peu « voyou » ; mais il n’avait pas de grosses conséquences, et il fallait bien que les gens honnêtes puissent avoir leurs petites vengeances, eux aussi.

Le dandy se frotta d’abord le nez, avant de continuer sa phrase. Mais il dû s’arrêter pour éternuer une première fois, puis une seconde. Il se moucha, ouvrit la bouche pour reprendre son propos, et fut interrompu par trois éternuements à la suite, puis un quatrième plus fort que les autres, et qui, malgré la rapidité du fâcheux à se moucher, le laissa pendant un instant, suivant l’expression, la morve au nez. Ismaël s’autorisa à ricaner tandis que l’autre, le mouchoir collé au visage, dû prendre congé de Freyja. La petite satisfaction de notre farceur en herbe ne dura pas longtemps : durant son ensorcellement il s’était inconsciemment décalé pour mieux jouir du spectacle, et maintenant, il était tout à fait impossible que la chanteuse ne l’ait pas vu.

Mephi
Cela fait plusieurs soirs que Merry s’en va. Merry, c’est Ismaël ; mais Mephi ne le nomme que par son surnom parce qu’il ressemble à la fois à « Mérindol » et à « Mephi ». L’ours admire beaucoup son ami, parce que c’est un homme droit, qui fait de bonnes choses. Il est en train de rédiger un ouvrage très bon et très utile, et y travaille avec beaucoup de sérieux et de rigueur. Mais il y a des moments où Mephi n’approuve pas le comportement de Merry. C’est quand ce dernier s’arrête de faire une action pour rester immobile. Par exemple, quand il marche et qu’il s’arrête pour regarder un paysage parce qu’il est « agréable à la vue », ou pour écouter une musique parce qu’elle est « agréable à l’ouïe », selon les mots du sorcelier. « Agréable au sens » c’est un concept étranger à Mephi, quand bien même ses sens sont bien plus développés que ceux des êtres humains. Et il n’aime pas quand Merry  s’arrête, parce que ce qu’il dit lui être agréable le trouble. Il reste silencieux, ou il parle mais son esprit est ailleurs. Alors Merry n’est plus à ce qu’il fait pour un long moment, il est comme perdu. Ces temps-ci, Merry recherche ces moments dont il revient troublé, et Mephi n’approuve pas son comportement. Son ami ne l’écoute pas parce qu’il se croit plus intelligent, alors que Mephi est extrêmement intelligent : il peut lire des traités complexe, résoudre des calculs compliqués que tous les êtres humains ne réussissent pas. Et il est capable de comprendre que ce qui est le mieux, c’est ce qui est utile, parce que c’est ce qui est bon, alors que Merry ne le comprend pas toujours.

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Freyja A. Oceanborn





MessageSujet: Re: Rimes et contretemps [Freyja A. Oceanborn et Ismaël Mérindol]   Dim 18 Jan - 17:17



Freyja soupire distraitement en se contemplant dans la glace de sa loge. Les lumières tamisées illuminent sa peau, faisant ressortir ses lèvres rougies. Elle ne peut s’empêcher de croiser du regard le papier froissé, comme abimé par le temps, du poème écrit par l’inconnu d’un soir. Elle se demande encore pourquoi il avait pris la peine de composer ces quelques vers pour finalement ne plus revenir la voir. Comme tous les soirs qui ont suivi la découverte de l’étranger, elle répète inlassablement les vibrantes phrases, qui semblent virevolter sur sa langue, délicieux hymne lyrique. Elle se surprend à espérer entrevoir la suite mais elle en est incapable : son talent, certes moindre, n’est que chant. Peut-être qu’il reviendra, une fois qu’il aura trouvé la suite de sa superbe découverte ?

Phèdre, miniaturisée sur sa coiffeuse, la fixe de ses grands yeux dorés et une bouffée d’amour lui réchauffe le cœur. La petite Balboune n’hésite bien évidemment pas à lui rappeler mentalement de se préparer pour son concert.

Comme tous les soirs, elle se dirige vers la salle de spectacle, son rythme cardiaque s’accélérant à mesure qu’elle se rapproche de la scène. Comme tous les soirs, ses chansons enchantent le public. Comme tous les soirs, elle cherche, surplombant le public ensorcelé, l’homme qui a pris la peine de venir jusque dans sa loge pour lui glisser son poème. Et, comme tous les soirs, elle tressaille lorsqu’elle saisit le regard, presque brûlant d’un homme, un de ces bourges qui pensent que tout leur est dû et qui se pensent irrésistibles. Ses yeux persistent et ne la lâchent pas une seconde. D’abord surprise, presque flattée qu’un des représentants des aristocrates d’Omois s’intéresse à elle, elle avait rapidement déchanté et dorénavant, il la mettait très mal à l’aise. D’autant plus qu’il essaye de la suivre jusque dans sa loge. Si bien qu’il avait réussi à la coincer, une fois et une seule avant qu’elle arrive à sa loge, en sécurité. Fils d’un des plus célèbres conseiller de la Nouvelle Impératrice, il déambule dans les rues d’Omois, en quête de divertissement mais rien le satisfait sinon la compagnie des femmes. Et visiblement, c’est sur Freyja qu’il a cette fois jeté son dévolu. Alors qu’elle entendait un pas qui se faisait plus pressant et plus pressé, elle avait interpellé un des grooms pour qu’il garde un œil sur le dérangeant personnage. Ne se démontant pas, il se tint rapproché et lui avait saisi le poignet pour venir l’humer. Bientôt collée contre le mur, il était trop proche, bien trop proche.

- Allons, damoiselle Oceanborn. Vous êtes si ravissante et envoutante. Vous m’avez capturé dans vos filets. Que diriez-vous de vous joindre à moi pour cette soirée ? lui avait-il demandé, à peine alarmé par le rouge qui montait crescendo sur les joues de sa potentielle victime.

Laquelle avait décidé que la plaisanterie avait assez duré. Déployant ses bras fins entre son corps et celui de l’aristocrate déçu, elle s’était raclée la gorge avant d’appeler James, le jeune groom, aussi costaud que timide.

- Arrêtez de me poursuivre maintenant ! LA prochaine fois que je vous vois me pourchasser comme une vulgaire proie, c’est moi qui m’occupe de vous, soyez en certain !

Et James avait emporté Basile Brodyman au loin. Fort heureusement, il n’était pas réapparu pour quelques soirs. Mais sa passion avait dû avoir raison de son interdiction. Il était revenu. Pourtant la soirée avait bien commencé. Elle avait ajouté quelques nouvelles chansons à son répertoire, dont quelques merveilles de la chanson terrienne. Mais alors qu’elle avait commencé sa dernière chanson, d’un artiste français, Alain Bashung, un regard presque pervers lui avait coupé le souffle. Tendue et perdant son sang-froid, elle avait fini tant bien que mal la mélodie lancinante. Saluant son public, elle s’enfuit presque de la scène, manquant de renverser les artistes qui la suivaient. Mais trop tard. Elle arrive trop tard, il est devant la porte de sa loge, son seul refuge. Les grooms ne sont pas là et les techniciens bien trop pressés pour faire attention à eux. Il s’avance vers elle, les bras écartés, comme pour la serrer dans ses bras. Elle n’a le temps que de se décaler sur sa gauche pour éviter l’accolade qui pourrait paraitre romantique au premier abord. Résignée, elle l’écoute d’une oreille lui expliquer qui il est, encore une fois, ce qu’il pourrait lui offrir.

- Mademoiselle. Enfin, vous n’avez pas conscience de la chance que vous avez de m’avoir pour prétendant. Je peux vous apporter gloire, succès et bonheur. Pourquoi m’éconduisez-vous ? Je suis riche, mon père est reconnu, nous pourrions voyager, je vous recouvrerais de bijoux, nous aurons un charmant cottage. Acceptez-moi, Freyja.

La chanteuse s’éloignait discrètement. Son prétendu prétendant ne terminait pas sa diatribe. Pourtant, des bruits étranges ramènent son attention à lui. Elle comprend qu’il éternue. Des flots répugnants de morve s’écoulent de son nez fin. Des frissons de répulsions s’emparent de ses membres quand elle découvre une goutte honnie sur sa robe. Par un heureux coup de chance, il ne parvient plus à s’exprimer et est contraint de partir, sans sa dulcinée. Un coup de chance, pense-t-elle en apercevant un homme barbu qu’elle croyait ne plus voir ?

Le compositeur la dévisage, stupéfait. Une lueur de ravissement se dégage de ses yeux, trahissant le plaisir qu’il a eu de pratiquer un sort tout à fait utile sur le dandy éconduit. Reprenant ses esprits, elle prend son courage à deux mains et se dirige vers son sauveur.

- Enfin vous voilà ! Je croyais que je ne vous reverrais pas. Je ne sais pas comment vous remercier, je vous dois une fière chandelle pour ce soir. Merci beaucoup.
Elle lui saisit le poignet et le pousse gentiment vers sa loge, où Phèdre l’attend, calmement.

- Je peux vous offrir quelque chose ? Dites moi comment je pourrais vous remercier, je ferai tout ce qu’il m’est possible de faire pour le réaliser.

Elle est impatiente de lui demander d’écrire la suite des paroles, et si possible, de trouver un air. Phèdre les contemple d’un œil ensommeillé, surprise de voir un homme dans la loge.

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Ismaël Mérindol





MessageSujet: Re: Rimes et contretemps [Freyja A. Oceanborn et Ismaël Mérindol]   Sam 24 Jan - 22:56

Il y a bien une chose à laquelle ne se serait pas attendue le jeune Ismaël quand il inventa un sort pour faire éternuer une personne, et c’est que ce sort lui permette de renouer la conversation avec une belle chanteuse de cabaret. En vérité, maintenant qu’il était devenu un grand gaillard de trente-trois ans, il ne se serait pas non plus attendu à ce qu’une jeune femme mince puisse le conduire sans difficulté où elle le souhaitait. Mais voilà, un geste venu du grand corps qu’il possédait désormais aurait pu blesser, ou même bousculer la jeune elfe, et il préférait donc ne faire aucun mouvement contraire à son assaillante ; et cette force qui l’avait tiré de nombreux ennemi, c’est elle qui aujourd’hui l’entravait.
Ainsi, Freyja mena l’auteur jusqu’à sa loge et lorsqu’elle le relâcha, ce fut pour lui dire :

« Je peux vous offrir quelque chose ? Dites-moi comment je pourrais vous remercier, je ferai tout ce qu’il m’est possible de faire pour le réaliser. »

« Madame… » commença Ismaël sans savoir comment continuer. Il était encore tout étonné d’être invité dans la loge de la jeune femme qui l’en avait chassé il y a quelques semaines ; et cette surprise, mêlée à la fierté naissante du service qu’il lui avait rendu, embrouillait ses pensées jusqu’à l’empêcher de répondre. Dans ses oreilles sonnaient encore « enfin vous voilà » ; « je croyais que je ne vous reverrai pas » ; « merci beaucoup ».

« Ne me remerciez pas, madame, vous ne me devez rien, dit d’abord l’écrivain en prenant un ton posé afin qu’on ne devinât pas son trouble, voir ce blanc-bec vous importuner m’irritait peut-être encore plus que vous ! » Il rit de ses dernières paroles, ce qui l’aida à calmer sa nervosité. Cependant, bien qu’il ne l’aurait avoué ni à la chanteuse, ni à Mephi, ni à lui-même, cette faveur qu’il laissait filer lui pinça le cœur.

Plus sérieusement, il continua :

« néanmoins, si ce n’est pas la première fois que ce spectateur vous ennuie, vous feriez mieux de l’indiquer au groom de l’entrée, afin qu’il lui interdise l’accès au cabaret ; le mieux serait encore d’avertir l’ensemble du personnel, pour le chasser même s’il parvient à rentrer. Ce n’est pas normal que vous ne puissiez pas faire votre travail sans pouvoir éviter de pareils embarras ; les spectateurs restent des spectateurs, vous n’avez pas à leur parler hors-scène si vous ne le désirez pas. »

Ici, Ismaël remarqua que son cas correspondait à celui qu’il dénonçait, puisqu’il était entré dans la loge de Freyja sans sa permission. Mais il préféra ne pas s’en formaliser.

La conversation suivit son cours un petit moment encore ; le sorcelier félicita la jeune femme pour ses prestations, même s’il avoua ne connaître aucune des chansons qu’elle avait interprétées. Il avait gagné en assurance, et lui, autrefois un petit garçon timide et bredouillant, parvint à complimenter son interlocutrice sur sa voix et sa tenue, et à lancer quelques traits d’esprit bien sentis, auxquels la belle elfe répondit avec intelligence.

Cependant, ses sourcils se froncèrent soudain et il fit une petite grimace de déplaisir : c’est qu’il avait aperçu, au coin de la table, le petit papier déplié sur lequel il avait noté son poème. Il se souvenait vaguement de ce qu’il y avait marqué, et qui lui semblait maintenant le comble du maniérisme.

« Ah ! Vous avez gardé ça. » dit-il avec un ton rieur et un peu dédaigneux. « ça ne vaut pas les chansons de la Terre je suppose, mais bon, vous savez, on se distrait comme on peut ». Il aurait voulu le mettre dans sa poche, mais maintenant qu’il l’avait donné il ne pouvait se permettre de le reprendre ; et le petit papier semblait le narguer sur cette table, ce brouillon qu’il aurait déchiré dans n’importe quelle autre occasion mais qui, dans cette conjoncture, était aussi préservé que s’il eut été fait d’airain.

Il est possible que Freyja eut quelque chose à réponse, mais Ismaël ne lui en laissa pas le temps, car il avait aperçu Phèdre dans son aquarium :

« Mais, vous avez un familier ? Dans ce cas vous êtes une sorcelière ! »

Une idée lui traversa l’esprit et il reprit tout de go :

« Permettez-moi alors de reprendre ma faveur. J’aimerais vous apprendre des sorts similaires à celui que j’ai fait aujourd’hui : ils ont la qualité d’être brefs, et vous n’aurez qu’à les murmurer rapidement pour que vos fâcheux ne cessent d’éternuer et vous laissent. C’est une astuce que j’ai appris quand j’étais enfant, il ne vous faudra que quelques heures pour l’apprendre, presque rien ; et ce n’est qu’un petit sort, la demande de magie est vraiment minime. »

Il avait formulé sa demande comme s’il voulait uniquement rendre service à la mademoiselle Oceanborn ; mais l’écrivain n’était pas mécontent à la perspective de passer encore quatre ou cinq heures en sa compagnie.



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Rimes et contretemps [Freyja A. Oceanborn et Ismaël Mérindol]

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